Dans la perspective d’une vie passionnante, par le photographe Claude Dityvon

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© Claude Raimond-Dityvon

Lorsqu’il photographie Mai 68, Claude Raimond-Dityvon (1937-2008) rend compte de ce que peut être le théâtre d’une révolte majeure.

Cofondateur avec son épouse Christiane et quelques autres bandits (Alain Dagbert, Martine Franck, Hervé Gloaquen, François Hers, Richard Kalvar, Jean Lattès, Guy Le Querrec) de la turbulente Agence Viva en 1972, Dityvon n’a pourtant commencé à photographier qu’en 1967, s’intéressant immédiatement à ceux que la société de consommation et le gaullisme triomphant reléguaient en ses marges, immigrés, sans-abris, vagabonds, romanichels montreurs d’ours.

Peu montrées à l’époque de leur production, malgré le prix Niépce qui lui sera attribué en 1970, ses images de Mai 68 reprennent aujourd’hui une nouvelle jeunesse par la grâce d’une publication en format italien chez André Frère Editions.

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© Claude Raimond-Dityvon

Ses photographies prises sur le vif des événements sont devenues des documents historiques, des reflets d’une époque désormais bien lointaine, tant nous nous sommes habitués au règne de la pensée calculante, mais demeurent, malgré l’envahissement cynique de notre regard, d’une intensité de vie, d’une inquiétude et d’une drôlerie très communicatives.

Il y a chez lui une urgence, très Nouvelle Vague, à témoigner de l’énergie d’une jeunesse capable de renverser l’ordre du monde.

Par-delà les exigences fondamentales de justice sociale et d’égalité, le désir de révolution est essentiellement désir de corps en mouvement, de fraternité rageuse, sexuée ou non, et de langage renouvelé.

Claude Dityvon MAI 68-Verité révolutionnaire
© Claude Raimond-Dityvon

La statue du vieux Jaurès que taquinent des drapeaux rouges se met à remuer, les policiers d’opérette chaussent leurs lunettes de protection, les pavés, manne céleste, se multiplient, l’Odéon crie, les manifestants courent, les pompiers s’affairent, les anciens combattants râlent, ou pas.

La geste révolutionnaire est sensuelle, à laquelle la nuit apporte ses mystères.

Citroën est dans la rue, brave Charles, tu es foutu !

Les murs se couvrent de phrases : « La police vous parle tous les soirs à 20h », « Travailler maintenant, c’est travailler avec un pistolet dans le dos », « La guerre est une vieille pute que les gaullistes sont fiers d’avoir connue ».

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© Claude Raimond-Dityvon

Des feux s’allument, des gaz lacrymogènes sont lancés, les yeux pleurent, de désespoir, de bonheur.

On court ensemble, se tient la main, on rit, avant que de recevoir sur le crâne la ferme salution des bons pères de famille.

Au cœur des manifestations, Claude Raimond-Dityvon vit l’aventure de Mai en spectateur engagé fixant des gestes, des regards, des attitudes, des états d’être.

Ses photographies muettes bruissent cependant de la musique improvisée de l’insurrection.

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© Claude Raimond-Dityvon

Jets de pierre et contre-jets des forces de police, chants séditieux, tôles froissées, bris de vitres, slogans, insultes.

Mai 68 par Dityvon, c’est un théâtre d’apparitions, de disparitions, de provocations et de fuites.

C’est un monde intérieur aussi, une mélancolie peut-être, un spleen jazzé.

« Comme chez Stendhal, on traverse l’histoire et on rentre dans l’intime », déclarait en 2008 Philippe Garrel à propos de son film sur la génération 1968, Les Amants réguliers.

En 2018, on regarde l’image d’un homme courant, en tenant dans ses bras une femme blessée, haut blanc, collants noirs, chaussures à talon, comme on admire une figure de ballet, ou une pietà inversée, et très érotique.

La bibliothèque universitaire d’Angers accueille la photothèque Claude Raimond-Dityvon depuis 2010, dont une partie a été numérisée et mise en ligne.

Avis aux chercheurs.

Mais, attention, n’oubliez pas cela : « Professeurs, vous nous faites vieillir. »

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Claude Dityvon, Mai 68, Etat des lieux, textes de Christian Caujolle et François Cheval, André Frère Editions, 2018, 90 pages

Site Claude Dityvon

André Frère Editions

Exposition Dityvon lors des Rencontres Photographiques de Cugnaux (Haute-Garonne), du 5 au 26 mai 2018

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Se procurer Mai 68, Etat des lieux

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Un commentaire Ajoutez le vôtre

  1. DI-TY-VON DI-TY-VON DI-TY-VON nous devrions scander son nom comme il a « allumé » la photographie fait vibrer l’image entre émotion et réalité … la page est tournée il nous a quitté voici bientôt 10 ans … Chris son épouse ouvre sans cesse les albums de cette oeuvre unique … indispensable de la revisiter dans l’intégralité … merci

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