Selfless, un trou dans le vide, par l’artiste hacker Eugène Blove

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Selfless, d’Eugène Bove (Classe Moyenne Editions), est un livre inquiétant et jubilatoire.

Composé de selfies truqués, cet ouvrage que conduit l’ironie est une mise en garde, un appel au réveil des consciences dans une société où les mots de passe informatiques remplacent systématiquement la parole donnée, la poignée de mains, et l’accolade.

Ayant bénéficié de l’aide de hackers, Selfless est un objet étrange, pouvant presque passé inaperçu, mais c’est bien au contraire un concentré de poudre explosive.

Lisez ceci, vous ne serez pas déçu.

Bonne bonne nouvelle année !

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Qu’est-ce que le texte écrit en anglais figurant sur la couverture de votre livre, Selfless (Classe Moyenne Editions) ? Pourquoi ce choix ?

Il s’agit des conditions d’utilisation de Facebook. C’est un texte tout à fait poignant. On peut notamment y lire que des technologies comme l’intelligence artificielle ou la réalité augmentée, aident « les gens malvoyants à comprendre quelles sont les personnes ou les choses présentes dans les photos ou les vidéos partagées sur le réseau ».

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Selfless, mot signifiant le désintéressement, est composé d’une succession impressionnante de selfies truqués. L’egoportrait est-il une maladie du capitalisme, ennemi féroce de la gratuité ?

L’égo comme le portrait sont largement antérieurs au capitalisme. Rien n’a jamais été pire que l’égo hypertrophié d’un artiste. Quant au portrait, il existe depuis l’Egypte antique. Je ne suis pas dans une posture anti-capitaliste, c’est à peu près aussi audacieux que d’être contre la guerre. Je trouve qu’il est d’ailleurs plus efficace de critiquer les rouages d’un système lorsqu’on en est une vis.

L’ironie guide-t-elle votre pensée ? Un même personnage (vous ?) apparaît dans chaque image, légendée avec beaucoup d’humour. 

Quoi de plus ironique que de parler d’anti-selfies lorsqu’on se retrouve sur chaque photo? C’est effectivement tout l’enjeu du projet. Dire « les selfies c’est mal », « ce n’est pas de l’art », c’est un peu léger. Il fallait donc que je trouve une intention, un moyen de détournement. L’ironie est souvent dans ces cas-là le meilleur pulvérisateur.

Les légendes ont pour seul intérêt de n’en avoir aucun, à l’instar de celles sur les réseaux.

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Selfless est-il le livre d’un artiste visant à dénoncer notre acceptation de l’auto-surveillance par les réseaux, soit notre goût pour la servitude volontaire ? Quelle est la part des hackers avec qui vous avez travaillé pour l’élaboration de ce livre ?

Ca me fait toujours doucement rire lorsque des personnes s’insurgent concernant leurs droits à la vie privée, à la protection des informations personnelles, et passent leur temps sur les réseaux sociaux à étaler leur tartine quotidienne. Il y a là un hiatus assez symptomatique de la mentalité actuelle. C’est comme ceux qui critiquent toutes les merdes qu’il y a à la télé, mais sont les premiers à regarder des émissions de télé réalité parce que, quand même, ça les fait bien glousser.

Les hackers m’ont permis d’avoir accès au système de données d’un laboratoire travaillant pour Facebook basé sur la reconnaissance faciale. Sans eux, il m’aurait été impossible de collecter toutes ces photos. Ce piratage a permis de faire de ce réseau mon collaborateur involontaire.

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George Orwell devrait-il être enseigné dans toutes les écoles de la liberté ?

Tout à fait, au même titre que J.G Ballard ou Philip K. Dick. Il est par contre intéressant de constater que la réalité surpasse parfois la fiction. Orwell n’avait pas prévu cette société de l’auto-surveillance. Aujourd’hui, ce n’est plus Big Brother is watching you mais I’m watching myself.

Quels sont les dangers de la mise au point d’un logiciel de reconnaissance faciale ?

Adviendra ce qui arrive déjà en Chine. Pour se sentir protégés, nous allons accepter de rogner sur nos libertés individuelles. Je suis un brun nostalgique d’un temps que je n’ai pas connu, celui où l’on pouvait se passer de mots de passe, de ceintures de sécurité et de publicités sur des yaourts sans matière grasse.

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Comment avez-vous rencontré votre éditeur Classe Moyenne Editions ? Comment avez-vous travaillé ensemble ?

Par le biais d’un ami qui était dans la même école que Romain (mon éditeur). On s’est rencontrés après quelques échanges virtuels de circonstance. Etant ma première parution, j’avais besoin de quelqu’un qui avait un vrai savoir de l’objet livre. Ce qui lui plaisait lui je crois, c’est que je ne sois pas photographe. Il souhaitait un projet plus conceptuel. Et puis surtout, je lui ai promis un bad buzz qui nous rendrait riches et célèbres.

Envisagez-vous de présenter devant public votre livre ?

Cela dépend de la forme. Je viens de la performance et préfère engendrer un débordement.

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Pour la soirée de lancement à Paris, j’ai par exemple demandé aux visiteurs présents de se prendre en selfie avec ma personne en arrière plan, la mise en abîme étant un procédé que j’emploie souvent dans mes oeuvres. En revanche, je suis resté en contact avec un des hackers qui a participé au projet, afin qu’il vienne s’exprimer lors d’une prochaine présentation. Il reste quelques modalités à définir mais il n’est pas impossible que cela arrive.

Etes-vous abonné au compte Instagram de Kim Kardashian ?

Non, j’attends que ce soit elle qui me suive. Elle constatera que mon arrière train n’a rien à envier au sien.

Avez-vous envoyé votre livre à « Marck Sucker Beurk » (sic) ?

J’ai entendu dire que c’était un reptile humanoïde. Je préfère donc passer son tour.

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Votre nom d’artiste, Blove est un pseudonyme. Faut-il y voir une allusion au fameux aphrodisiaque phyto-thérapeutique B. Love ?

Ca ferait peut être mieux sur mon CV mais non. C’est en fait la contraction de Bliss, mon premier groupe de musique au lycée, et de Love. C’est ma petite amie de l’époque qui avait fait cette trouvaille parce qu’on trouvait que « je t’aime », c’était pour les tocards.

Acceptez-vous que je relaie cet entretien sur Facebook, où j’annonce chaque matin la parution d’un nouvel article dans L’Intervalle ?

Affirmatoire !

Propos recueillis par Fabien Ribery

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Eugène Blove, Selfless, Classe Moyenne Editions, 2018

Classe Moyenne Editions

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Eugène Blove

Un commentaire Ajoutez le vôtre

  1. Bonjour et meilleurs vœux 2019. Vous m’avez donné envie de le lire : Je suis certain que malgré, que cet ouvrage ne soit pas un pur produit marketing, il doit être jubilatoire. Je vous dirai ce que je pense un peu plus longuement lorsque je l’aurai lu. Amicalement, un autre blogueur.

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