La Muse de Montmartre, une collection d’art Belle Epoque

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Qui était-on à la toute fin des Temps modernes, avant que ne pleuvent pour l’éternité des bombes sur les pauvres types de Verdun et du Chemin des Dames ?

Qui était-on avant que la fureur ne devienne un ordre mondial ?

Comment était l’art, les sensibilités, les lignes et les couleurs à la Belle Epoque ?

Comment était Paris ?

Comment était Montmartre ?

 

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Nuit étoilée à Montmartre, 1897, aquarelle sur papier peint, Eugène Grasset

Des œuvres nous le disent, nous le montrent, nous le font comprendre actuellement au musée de Montmartre, en cent trente pièces (dessins, peintures, aquarelles, affiches, lithographies) rassemblées par les collectionneurs américains David E. Weisman et Jacqueline E. Michel.

Après la défaite contre la Prusse en 1871, la fête est revenue, les libertés, les folies.

Cette atmosphère bohème se retrouve dans la rue, dans les bars, les cafés-concerts, les music-halls, les cirques, les opéras, où sont présents également les Toulouse-Lautrec, Valadon, Rivière, Anquetin, Grasset, Steinlein et beaux consorts.

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Suzanne Valadon

On expérimente, on cherche, on vit à fond, avec la conscience d’être à la fois le témoin d’une époque exceptionnelle, mais aussi celui d’une montée progressive des avant-gardes et du renouvellement de l’art.

Il y a foule aux bals de l’Elysée-Montmartre, au Chat noir, au Moulin-Rouge, au Lapin agile, au cabaret des Quat’z’arts, au Théâtre libre et au Théâtre de l’Œuvre.

Montmartre attire les peintres, les compositeurs, les écrivains, et devient le symbole de la liberté à la française.

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Une paire d’amis, 1881, huile sur toile, Adolphe Willette

Un chat pose la patte sur la poitrine d’une coquette portant des rubans roses, et rien n’est soudain plus désirable que cette rencontre de la fourrure noire et de la peau blanche.

Garçon, une absinthe pour le grand Toulouse-Lautrec et son compère Théophile Alexandre Steinlein ! Toujours dans les bons coups, ces deux-là.

C’est le temps des poëtes et du french cancan, des affiches légères et des vers de mirliton: « Que de Paimpol à Sébastopol erre / Le vieux monsieur, l’air pot, pot l’air, / Pourrait-il dégoter étoile plus… polaire ? »

Les cabarets ? un cabinet d’étude de premier plan, un réservoir exceptionnel de modèles vivants.

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Suzanne Valadon

Montmartre est peut-être alors le centre du monde (article de Phillip Dennis Cate dans le catalogue d’exposition) : « De fait, les artistes dans lesquels nous reconnaissons aujourd’hui des acteurs majeurs de l’art occidental du tournant du siècle, tels que Seurat, Van Gogh, Toulouse-Lautrec, Picasso ou Marcel Duchamp (1887-1968), sont tous issus de la matrice culturelle montmartroise. Le grand intérêt de la collection Weisman & Michel est de présenter une image rafraîchissante de l’art français de cette époque, mais aussi d’établir des rapprochements entre ces grands noms de la peinture et les multiples personnages moins connus dont les œuvres font néanmoins partie intégrante de la scène artistique montmartroise et ont, en fait, souvent influencé l’avant-garde de la génération suivante. »

Tout commence par des danseuses soulevant leurs froufrous et lançant la jambe très haut (Pablo Picasso, Albert Guillaume) dans une ambiance d’entrechoquement de bocks de bière et de redingotes.

La syphilis rôde, il faut lui faire la nique, et s’aimer davantage encore.

Les belles ont des yeux de velours, esseulées, prostituées peut-être. Et alors ?

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Henri de Toulouse-Lautrec

On est loin ici de l’hypocrisie bourgeoise des beaux quartiers du centre-ville. La Parisienne sera émancipée, en-avant, ou ne sera pas.

Elle est envoûtante, solitaire, fatale.

« Dans les années 1880 et 1890, on compte dans la capitale plus de 350 cafés-concerts, qui accueillent des chanteurs et interprètes talentueux comme Aristide Bruant, Yvette Guilbert, Loië Fuller, et Jane Avril. »

Les estampes répandent cet art de vivre à la française, et l’on n’en est heureusement pas revenus.

Les tissus volent, les yeux s’enlacent, le désir est brut, acrobate, amusant.

Issue d’une famille modeste, Suzanne Valadon, que les époux Weisman & Michel collectionnent avec passion, dessine la vie quotidienne et intime, admirable et discrète.

Ses jeunes filles au bain sont d’une innocence bouleversante, des enfants ne craignant pas encore tout à fait le loup.

Montmartre est une chanson, est une pudeur, est une audace franche, est un désir de vivre à fond.

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Collection Weisman & Michel. Fin de Siècle – Belle Epoque (1880-1916), par Phillip Dennis Cate, Sakia Ooms et Michela Niccolai, éditions Hazan, 224 pages – 150 illustrations environ

Editions Hazan

Catalogue officiel de l’exposition Collection Weisman & Michel. Fin de siècle – Belle Epoque (1880-1916) – du 11 octobre au 31 décembre 2019 au musée de Montmartre

Musée de Montmartre

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Se procurer la catalogue Collection Weisman & Michel

Un commentaire Ajoutez le vôtre

  1. Scordel dit :

    Bonjour,

    Un livre tout à fait passionnant pour compléter votre article : https://www.editions-labisquine.com/lautrec-valadon.html

    Cordialement

    J'aime

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