Philippe Jaccottet, le rêve d’une poésie sans images

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« La difficulté n’est pas d’écrire, mais de vivre de telle manière que l’écrit naisse naturellement. » (La Semaison)

Les pays se barricadent, nous ne savons pas quand et comment nous serons touchés par le virus mondial, il me plaît de lire de la poésie, et d’écouter Philippe Jaccottet parler de son art dans un entretien avec Reynald André Chalard ayant eu lieu en 2002, réédité aujourd’hui par les éditions Arléa.

Rien de savant, mais de la saveur, de l’intelligence sensible dans le simple.

De l’émotion d’abord, par un poète suisse romand maître de la traduction.

De l’ouverture face à ce qui est, se présente, vient vers nous, comme une faveur.

La recherche d’une poésie sans image, sans métaphore, quand le surréalisme en abusa tant et plus.

Des objets juxtaposés, conversant en secret à partir de leur distance.

Une utopie de transparence.

Une poétique du transitoire, de l’élémentaire, de l’infime, de l’effraie et de l’effroi, du mince et du sublime.

Retirer de la matière verbale.

Noter l’essence, l’essentiel, la lumière sacrée, les épiphanies.

Une brûlure de théologie négative.

« Je lisais des choses assyriennes, des inscriptions sur des feuilles d’or, des lamelles orphiques, que parfois je cite ensuite. Tout cela, c’était un retour à une chose très ancienne, à un contact très ancien avec les éléments, qui m’a été donné dans l’expérience quotidienne. Ce qui fait qu’on a un peu le sentiment très faiblement et fragilement de remettre ses pas dans les pas des très anciens poètes qui étaient en même temps des prêtres. »

La poésie déborde le poème.

La vie écrit toute seule, les phrases, les vers ne sont pas recherchés, mais donnés.

Quelques titres, parmi des dizaines, qui sont déjà des débuts de prose poétique :

L’Ignorant (Gallimard, 1958).

L’Obscurité (Gallimard, 1961).

L’entretien des muses (Gallimard, 1968).

Paysages avec figures absentes (Gallimard, 1976).

Le Bol du pèlerin (Morandi) (La Dogana, 2001).

Israël, cahier bleu (Fata Morgana, 2004).

L’encre serait de l’ombre (Poésies/Gallimard, 2011).

Un calme feu (Fata Morgana, 2015).

Premier poème de Leçons (Payot, 1969) : « Autrefois, / moi l’effrayé, l’ignorant, vivant à peine, / me couvrant d’images les yeux, / j’ai prétendu guider mourants et morts. »

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Philippe Jaccottet, De la poésie, préface et postface de Reynald André Chaland, Arléa, 90 pages

Editions Arléa

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2 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Stephanie-Alice Sepschatski dit :

    Les larmes quelquefois montent aux yeux
    comme d’une source,
    elles sont de la brume sur des lacs,
    un trouble du jour intérieur,
    une eau que la peine a salée.

    La seule grâce à demander aux dieux lointains,
    aux dieux muets, aveugles, détournés,
    à ces fuyards,
    ne serait-elle pas que toute larme répandue
    sur le visage proche
    dans l’invisible terre fît germer
    un blé inépuisable?

    Philippe Jacottet, A la lumière d’hiver

    Aimé par 2 personnes

  2. irene tetaz dit :

    C’est un poète qui me touche tout spécialement, d’une grande humanité et humilité..sourire

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