Cette bienheureuse unité, Susette Gontard et Friedrich Hölderlin, une histoire d’amour

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Buste de Susette Gontard

L’histoire d’amour entre le poète allemand Friedrich Hölderlin et Susette Gontard, dite la Diotima, est l’une des plus belles et dramatiques de l’histoire littéraire.

Friedrich a 25 ans quand il rencontre comme précepteur la femme du riche banquier de Francfort, Gontard, qui n’a qu’un an de plus que lui.

L’amour entre les deux jeunes gens est immédiat, intense, favorisé par les circonstances : à l’été 1796, les Français assiégeant Francfort, la banquier met à l’abri sa femme et ses enfants en les envoyant près de Kassel, en compagnie de leur cher professeur.

Hölderlin est alors en train d’écrire le roman épistolaire Hypérion, Susette Gontard devenant sous sa plume Diotima, nom de la prêtresse de Mantinée dont Socrate rapporte l’enseignement sur l’amour dans Le Banquet de Platon.

Mais Jacob Gontard, jaloux, congédie le poète, qui restera en relation secrète avec sa femme, dont la mort en 1802 le terrassera, le menant peu à peu vers la folie  et la clinique psychiatrique en 1806, avant son installation chez le menuisier Zimmer à Tübingen.

En 1980, paraissait cher Insel Verlag, en Allemagne, un ouvrage pensé par Adolf Beck, recueillant la correspondance des amants, y joignant en outre poèmes et textes en prose du génial poète, livre composite aujourd’hui traduit par Thomas Buffet pour les éditions Verdier.

Décrite comme radieuse, Susette, au beau visage de Madone, fut pour Hölderlin un ange tombé du ciel.

On peut songer à La Nouvelle Héloïse, de Jean-Jacques Rousseau, pour le climat d’exaltation romantique, la confrontation d’avec l’absolu, le lexique de l’idéalisation, les empêchements aiguisant la brûlure amoureuse.

Dans une lettre datée fin juin 1796, le poète décrit ainsi son amante (la relation est probablement platonique) à son ami Christian Ludwig Neuffer : « La grâce et la majesté, le calme et la vie, l’esprit, l’âme et le corps constituent en cet être Une bienheureuse Unité. »

Nous sommes des misérables, mais l’amour, soudain, nous sauve, nous rétablit, nous rend notre dignité.

« Sans joie, la beauté éternelle ne saurait vraiment prospérer en nous. »

Nous sommes affligés, nous trouvons la paix.

« Diotima ! Être bienheureux ! / Merveilleuse créature qui guérit / Mon esprit de l’angoisse existentielle, / Promesse d’une divine jeunesse ! » (Poème de Hölderlin consacré à Diotima pendant la période de Francfort)

Avant de nous connaître, nous nous connaissions.

« Divine icône, dans la nuit ; / Pour te trouver, j’ai jeté à nouveau, / J’ai jeté la barque endormie / Du havre mort / Dans l’azur de l’océan. »

L’amour anoblit, c’est un flux de vie.

« Comme j’attendais les jours célestes, / Indigent, tel un aveugle, / Alors que le poids des ans me courbait / Et que ma vie, froide et blême, / Animée de désirs ardents, commençait son déclin / Vers le royaume muet des défunts »

Le risque d’amour est un risque de mort.

« Belle vie ! Tu es alitée et mon cœur / Est las de pleurer, et déjà point en moi une crainte, / Pourtant, pourtant, je ne peux pas croire / Que tu meures tant que tu aimes »

Extrait du roman Hypérion : « Je n’avais rien d’autre à lui offrir qu’une âme pleine de contradictions farouches, pleine de souvenirs sanglants, rien que mon amour infini aux mille soucis, aux mille espoirs tempétueux. »

Aimer jusqu’à la douleur d’aimer.

Extraits de lettres de Susette Gontard : « Depuis ton départ, tout est désormais si désert et vide autour de moi et en mon for intérieur, c’est comme si ma vie avait perdu tout son sens, il n’y a plus que dans la douleur que je me sens encore vivre. » / « Je suis restée assise toute la soirée abasourdie et muette et ai profité de ce moment de solitude pour alléger mon cœur oppressé. Si seulement je pouvais aller te voir et te consoler ! Je n’ai pas de secret pour toi, mon âme ! »

Oui, vous pouvez relire plusieurs fois cette dernière phrase.

« Je t’attendrai demain à partir de dix heures. Prie avec moi le génie de notre amour de nous accorder une heure de tranquillité. » / « Certes, je verse souvent des larmes amères, oui amères, mais ce sont justement ces larmes qui me maintiennent en vie. » / « Je suis toute seule et ne puis aller me coucher sans te souhaiter une bonne nuit, tendre et cher élu de mon cœur. Si seulement tu pouvais désormais percevoir l’intensité avec laquelle je perçois ton âme, pressentir combien la mienne rêve aux moments les plus sacrés de notre amour. Je serais tellement heureuse de le savoir ! – Dors d’un sommeil doux et tranquille, puisse mon image accompagner tes songes ! »

Hölderlin, poète de tous les poètes, se confie à son frère : « Connais-tu l’origine de tous mes maux ? J’aimerais vivre de l’art qui me tient tant à cœur et il me faut m’agiter dans tous les sens parmi les hommes, ce qui fait que, souvent, je suis bien las de la vie. (…) Combien ont déjà péri parmi ceux qui étaient faits pour la poésie ? »

Pour la poésie, pour l’amour, pour la vérité.

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Susette Gontard, la Diotima de Hölderlin, lettres, documents et poèmes édités par Adolf Beck, traduits de l’allemand par Thomas Buffet, collection « Der Doppelgänger », dirigée par Jean-Yves Masson, éditions Verdier, 2020, 192 pages

Editions Verdier

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Se procurer Susette Gontard, la Diotima de Hölderlin

 

Un commentaire Ajoutez le vôtre

  1. Didier Ben Loulou dit :

    Merci pour ce très beau texte, Hôlderlin à jamais.

    J'aime

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