Transpirant jusqu’au cœur, par Simon Johannin, écrivain

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© Simon Johannin

« J’ai cueilli pour toi des fleurs et des médicaments / J’ai fait bleuir ta peau en la serrant trop fort / On ne faisait pourtant rien d’autre / Que bagarrer l’amour »

Après deux livres remarqués pour leur beauté radicale et leur façon brute de d’exprimer la dérive des corps dans une époque violente, L’Eté des charognes et Nino dans la nuit (coécrit avec Capucine Johannin), Simon Johannin publie aujourd’hui, de nouveau chez Allia, Nous sommes maintenant nos êtres chers.

Il s’agit cette fois d’un recueil de poésie, si l’on entend par ce mot une recherche de vérité en une succession de tableaux troués par des ellipses, des silences, des absences, et que le verbe est célébré comme puissance d’incarnation.

Pas de blabla, mais des sensations, des fulgurances, des visions directes dans la rétrospection.

« J’ai bientôt dix-huit ans, / Et les petits cachets blancs font fondre / Un peu de coton sous la langue »

Un sentiment d’urgence – à dire, vivre, aimer, se droguer, se baiser.   

« Boire était facile, aimer devait s’apprendre »

Se risquer, se mettre en danger, être un vaisseau sanguin dans le flux de la vie.

« Longtemps j’ai fixé le sang dans la culotte. »

Mieux que chez Michel Houellebecq, cet ange exterminateur épris de poésie, l’échec n’est pas ici une fin en soi, mais une étape dans un chemin initiatique.

« Les verres couleur amande / Tintent quand elle raconte / Son petit corps de quinze ans »

Des majuscules, mais pas de ponctuation, il ne faut pas arrêter le sang.

« Elle danse le poignet / Cassé / En avant / Elle n’a pas de ventre / Et beaucoup d’espace »

Recherche de chaleur, de poison (trouver le bonne dose), de cambrures.

« J’en aurais bouffé / Des hanches // Des hanches qui bougent / des bassins hamacs / Qui s’avancent et se plient / Sur un souffle / Des peaux toujours tropiques / Des chaleurs qu’on ne trouve qu’en voyage // Des perles qui roulent d’un creux / Des perles qui brillent et qu’on essuie / Des perles qui crachent / Et sentent // Des frustrations coupantes / Comme des dents de poissons-chats / Des yeux qu’on trouve dans le sable / Au pied des arbres / Où sont les pierres // J’en aurais bouffé des yeux / Des hanches et des bassins / Des morceaux de cuir noir que l’on pose / Sur le tour des hanches / Que l’on pose / Pour toucher le goût de la peau »

Des jupes, des loups, des cocktails de flammes.

Certains ne ratent pas toujours leur suicide, ils ont tant d’énergie.

« Si ton cadavre est mort / Ne l’embrasse pas »

La rue est un brasier de solitudes.

« Je vois des femmes plus vieilles cherchant de l’affection / loin / très loin / derrière le sexe »

Les dents sont gâtées, pourries, défoncées.

Leçon : « On ne peut s’en sortir sans vivre »

On ne peut s’en sortir sans écrire si l’on est écrivain.

« Je n’ai presque pas troué ma peau / Juste un peu d’encre au fond des failles »

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© Capucine Johannin

Scène vue, vécue, revécue : « Il fait très chaud, nous marchons dans la rue. Soudain, entre deux voitures, elle enlève sa culotte et la range dans son sac. Il fait chaud, nous marchons. »

Frère de Pasolini, Simon Johannin écrit à l’intersection du plaisir et de la vie violente.

« Ma tête au pôle Nord / Mes couilles au pôle Sud // Un bras au Japon / L’autre en Californie // Mes jambes à l’Afrique / Mon cœur en Islande // Et mon ventre pourri / A la sale vieille Europe »

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Simon Johannin, Nous sommes maintenant nos êtres chers, Allia, 2020, 96 pages

Editions Allia

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Se procurer Nous sommes maintenant nos êtres chers

Se procurer Nino dans la nuit

Se procurer L’été des charognes

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2 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. muriel Boulos dit :

    Que c’est beau, bon!

    J'aime

  2. maxman dit :

    Le jeune frère de Raymond Broudillier

    J'aime

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