New York, belle obsession, par Frank Horvat, photographe

#26_1983, NY USA, 55th str East, sealed up building

 ©  Frank Horvat

« On photographie les femmes qu’on voudrait aimer, les paysages dans lesquels on voudrait se fondre. » (Frank Horvat)

Mort à 92 ans le 21 octobre 2020 à Boulogne-Billancourt, Frank Horvat est l’un des grands photographes ayant émergé en France dans les années 1950.

#18_1983, NY USA, rain in Central Park

 ©  Frank Horvat

Pionnier, touche-à-tout, d’avant-garde, l’artiste a travaillé aussi bien pour la mode que pour des projets personnels, pour des commandes et pour lui, sans qu’il faille forcément disjoindre ces deux domaines.

Acquis à l’utilisation du Leica après une rencontre décisive avec Henri Cartier-Bresson, Frank Horvat, né dans une famille ayant fui le nazisme, est en constante mobilité, cherchant, expérimentant, en noir & blanc, en couleur, à l’argentique, avec les techniques numériques.

Ayant vécu en Italie, au Pakistan, en Inde, en Angleterre et en France, le photographe est un amoureux des Etats-Unis, où il se rend souvent, notamment à New York, y réalisant entre 1982 et 1986 une série devenue emblématique.

#56_1984, NY USA, balloons in the subway

 ©  Frank Horvat

Elle est aujourd’hui reprise, accompagnée d’inédits, par les ateliers EXB dans une publication très soignée sur papier glacé épais, Side Walk, où éclatent son talent de coloriste, et ses affinités stylistiques avec Saul Leiter.

Chez Horvat, l’orientation dans la grande ville américaine se fait ainsi à l’instinct des couleurs, de points d’éveil en points d’éveil.

Des passages de son Journal (1982-1987) sont reproduits en préambule : « Il faut revenir à New York, y rester, y vivre seul. Même avec mes yeux malades – ou justement, qui sait, avec mes yeux malades. » 

#59_1982, NY USA, subway at rush-hour

 ©  Frank Horvat

Le cadre est  ferme, la vie peut venir s’y déposer.

18 juillet 1983 : « La seule chose qui fonctionne est une composition rigoureuse de la couleur. Je commence à entrevoir une règle d’or (et à m’en vouloir d’avoir mis les trois quarts d’une vie à la découvrir) : IL NE FAUT PAS JOUER LE JEU DU SUJET. Il ne faut pas que la photo raconte le visage d’une femme, l’atmosphère d’une ville ou la forme d’un arbre, avant de raconter l’obsession d’Horvat. »

Refuser l’anecdote, privilégier la composition, le dialogue des éléments, l’organisation des lignes, le théâtre des couleurs.

#62_1984, NY USA, drugs shop entrance

 ©  Frank Horvat

Je ne sais pas si Frank Horvat croyait en Dieu, mais, dans la puissance du manifesté, dans les incessantes rencontres de l’ombre et de la lumière, dans les visages isolés, la fatigue, les accablements, il y a comme un retrait du divin qui paradoxalement le déclare.

La couleur chez lui n’est pas cruelle ou de désignation, mais compassionnelle et d’espoir.

La ville est moderne, mais la solitude est tragique, ontologique, existentielle.

#65_1984, NY USA, Tribeca, homeless person in yellow sleeping bag 2

 ©  Frank Horvat

Il y a sur les murs ou le sol des graffitis, des signes plus ou moins cabalistiques, des repères pour initiés.

Les communautés se rassemblent, et l’on pourrait quelquefois, l’impression est fugitive, se croire dans un shtetl du centre de l’Europe.

Profusion et déchets, taxis jaunes et loqueteux de toutes origines.

#52_1984, NY, USA, father and child, in the subway

 ©  Frank Horvat

Lorsqu’elles sont construites selon le principe du diptyque, les pages créent des correspondances visuelles, des rebonds formels, des conversations et sous-conversations dans l’incommunicable.

Marchant sous toutes les saisons, Frank Horvat témoigne d’une ville où l’absurde frôle la drôlerie, mais aussi, dans le règne de l’argent roi, la folie, l’abandon, l’exclusion.

Antichambre de l’Enfer, Purgatoire ou mauvais film, le New York de Frank Horvat, ville des damnés, est rédimé par la couleur, publicitaire, commerciale, cinématographique, mais d’abord intime, miraculeuse, inouïe, possibilité de satori dans la grisaille et la lassitude des jours.

side-walk

Frank Horvat, Side Walk, textes Amos Gitaï, Frank Horvat, édition Jordan Alvès avec la complicité de Philippe Séclier, design graphique François Dézafit, Atelier EXB, 2020, 160 pages – 90 photographies couleur / ouvrage ayant bénéficié du soutien de la Galerie Lelong & Co

Atelier EXB – Frank Horvat

#88_1985, NY USA, little girl in the back of a car

 ©  Frank Horvat

Galerie Lelong & Co

Les galeries Fifty One à Anvers et In Camera à Paris ont exposé la série New York Up & Down en 2018 et 2020

Gallery Fifty One

In Camera – galerie

Exposition (suspendue) Frank Horvat, Paris, les années 1950, à la Maison de la photographie Robert Doisneau de Gentilly (94) – du 14 octobre 2020 au 10 janvier 2021

Maison de la Photographie Robert Doisneau

Un commentaire Ajoutez le vôtre

  1. Soret Daniel dit :

    Magnifique. Bravo Daniel Soret

    J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s