Va vers toi-même, par Véronique Caye, artiste visuelle

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11.04.2020 ©Véronique Caye

« je n’ai pas peur / je dois inventer l’aveu qui t’est destiné » (Adonis)

Horizon Véronique Caye est la première exposition en galerie (Analix Forever, Genève) de l’artiste visuelle Véronique Caye.

C’est aussi un livre publié à Liège par Hématomes Editions rendant notamment compte de la très belle série Horizons, composée de moniteurs vidéo montrant des images de l’océan Atlantique prises chaque jour à 14h30 depuis un point fixe de Belle-Île-en-Mer durant le premier et une partie du second confinement.

L’ensemble est une symphonie colorée fascinante, un poème visuel en nuances de bleus, des climats constamment différents, des humeurs, mais aussi une évocation des paysages de la peinture classique, de Jacob Van Ruisdael à Geneviève Asse.

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01.05.2020 ©Véronique Caye

L’œil est ravi, rapté, enchanté.

Des détails apparaissent, un oiseau, des lignes d’écumes, des miroitements nouveaux, des brumes, renvoyant chaque spectateur à son propre univers intérieur.

Au loin, c’est l’Amérique, des buildings, l’ultra-modernité.

Ici, c’est le spectacle de la rencontre du ciel et de l’eau, des nuages et des vagues, de la limpidité et du drame, un témoignage de l’amour universel alors que sévit la pandémie.

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03.05.2020 ©Véronique Caye

Le systématisme du cadrage – Véronique Caye a ainsi photographié en un plan identique pour une autre série des femmes plongées dans le silence pendant une minute – ne provoque aucune lassitude, mais une méditation profonde sur la nature du temps et de la présence, des choses comme du regardeur.

Dans un entretien passionnant avec l’historien de l’art et commissaire d’exposition Paul Ardenne, l’artiste s’explique sur ses recherches concernant la mise en scène des images au théâtre dans des spectacles ayant fait date tels Silenzio et Vera Icona, conçus comme des vanités (pas de comédiens, mais de la vidéo et du son), et sur son chemin initiatique.

Comment en effet répondre en art à la misère du monde, aux désastres, aux maléfices ? « La réponse, déclare Véronique Caye, c’est le poème. Et corrélativement, c’est l’amour. (…) A un moment donné, je me suis rendue compte qu’il fallait accepter le tragique. L’accepter totalement. C’est par l’acceptation seule du tragique qu’on accède à la joie. Il faut prendre le réel tel qu’il est. il n’y a plus de régime d’illusion qui tienne, il n’y a pas de double qui nous sauvera, il n’y a que le monde. »

L’altérité comme joie, le tout-autre, comme Edouard Glissant parle du tout-monde.

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01.06.2020 ©Véronique Caye

« Si j’ai une mission sur cette Terre, ce n’est pas de faire de l’art. C’est faire de l’art pour favoriser le potentiel de transcendance de tout un chacun. Pour forcer le chemin vers le désir, la jouissance, l’amour. Etre toujours dans le possible, dans l’ouvert. »

Il faut accepter de se laisser traverser, pénétrer, ouvrir.

La beauté brute est dans le souffle, le pouls ne ment pas.

Véronique Caye conçoit l’art comme un dépouillement, une façon d’aller vers le simple, l’humain.

« Il faut garder en nous, poursuit-elle la possibilité de la désobéissance. Par rapport à la société. Refuser si besoin la bonne éducation, la contrainte, le dogme, l’obligation de jouer un rôle. Pour aller vers soi-même, il faut désobéir. Il faut se débarrasser de la gangue normative, qu’elle soit psychologique, idéologique, sociétale. Désobéir, c’est lever le voile sur soi-même. C’est faire son apocalypse. »

Barbara Polla, qui la présente dans sa galerie genevoise, écrit pour elle, en explorant leurs destins croisés, le très beau texte Je cherche l’or du temps et la beauté des choses, n’employant pas le je mais le nous.

Ces deux-là sont sœurs, filles de l’art, amantes mystiques.

Toutes deux, lectrices du Cantique des Cantiques, sont adeptes de l’érotisme de la vie, d’un féminisme  accueillant les hommes comme part sacrée d’elles-mêmes, d’une même quête amoureuse sans frontière.

Pour Paul Ardenne, qui lui consacre également un texte, Véronique Caye conçoit l’image comme une puissance de vérité, à la façon de la Véronique (c’est aussi son prénom) christique.

L’image, dont la tradition platonicienne a fait une tromperie, est peut-être bien au contraire la possibilité d’accéder à ce qui la transcende, comme une porte, une arche, un seuil, une façon de toucher l’horizon.

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Horizon Véronique Caye, textes de Paul Ardenne et Barbara Polla, entretien entre Véronique Caye et Paul Ardenne, conception graphique et mise en page NNstudio, Hématomes Editions (Liège), 2021, 128 pages – 300 exemplaires

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Analix Forever

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Hematomes Editions

 

Un commentaire Ajoutez le vôtre

  1. Barbara Polla dit :

    Ah magnifique …

    MAGNIFIQUE

    Merci de cœur et d amour

    J'aime

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