Charlotte Perriand, photographe politique

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Détail p. 24

©Charlotte Perriand

Reconnue comme une architecte et designer de premier plan, Charlotte Perriand (1903-1999) fut aussi une photographe engagée dans la quête d’un monde meilleur.

Dès les années 1920, la photographie fut pour elle un outil majeur au service de ses aspirations politiques, ses photomontages et ses reportages documentaires témoignant d’une intense activité militante pour la défense du peuple et de ses conditions de vie.

Membre de la section Architecture de l’Association des artistes et écrivains révolutionnaires dès 1932, elle n’eut de cesser de dénoncer le manque de préoccupation des édiles pour les plus misérables, ses fresques sous la forme de photomontages monumentaux alliant clichés personnels et anonymes d’agences de presse et de photographes célébrés (François Kollar, Nora Dumas, Pierre Boucher), La Grande Misère de Paris (1936), La Salle d’attente du ministre de l’Agriculture (1937), ou Le Pavillon du ministère de l’Agriculture, composé avec Fernand Léger pour l’Exposition internationale de 1937, se faisant l’écho de ses préoccupations formelles pour les avancées de la modernité. 

Misère de Paris - rameur

©Charlotte Perriand

On pourra découvrir cet été lors des Rencontres de la photographie d’Arles ce travail d’importance en faveur des masses et des prolétaires – pour reprendre le lexique de l’époque -, qu’accompagne un catalogue placé sous la direction d’Emmanuelle Kouchner aux éditions Actes Sud montrant également la collection de photographies personnelles – tirages d’époque, négatifs, magazines découpés, photographies personnelles – de l’architecte très inspirée par le formalisme russe et l’esprit du Front populaire.

Charlotte Perriand se pose très concrètement la question de la façon dont chacun souhaite vivre et habiter le monde sans oublier son lien avec la nature.

Ses photomontages très inventifs associent phrases poétiques, statistiques, slogans d’essence marxiste, et images de diverses natures en un chant de gloire et d’espoir faisant l’éloge des humbles, des enfants, des travailleurs, des aînés.

Panneau p. 50

©Charlotte Perriand

On y voit des foules immenses, des parties d’usines, des campagnes, des élèves à l’école, des travailleurs bâtissant le monde nouveau, radieux, fécond et solidaire.

Une dramaturgie se dessine : constat de l’injustice et propositions d’avenir meilleur.

Le progressisme social est possible (congés payés, éducation de qualité, épanouissement individuel dans un cadre collectif) se nourrissant de prospérité agricole et de juste équilibre entre production et consommation.   

On pense à l’esthétique du réalisme soviétique, à Rodtchenko, à l’utopie zolienne de l’aube nouvelle.

Des poules, des sportifs, des Bigoudènes à la sortie de la messe, une clef à molette, des fleurs, des semences et des visages en contreplongée, des arcs électriques.

Panneau p. 51

©Charlotte Perriand

Dans son autobiographie, Une vie de création (Editions Odile Jacob, 1998), Charlotte Perriand écrit : « Il y a entre ces hommes et la terre qu’ils enrichissent de leur savoir-faire un rapport d’amour, palpable dans la beauté des cultures, des labours, un art aussi pourrait-on dire à prendre en cpmpte au même titre que l’économie, un art aussi nécessaire que celui d’un peintre, d’un musicien ou d’un poète. Le problème reste entier : comment voulons-nous vivre ? »

La création n’a de sens pour l’architecte que dans l’amélioration de la vie de chacun, de tous, dans un monde respecté dans son substrat naturel.

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Charlotte Perriand, comment voulons-nous vivre ? Politique du photomontage, sous la direction éditoriale d’Emmanuelle Kouchner, direction scientifique de Damarice Amao, textes d’Athina Alvarez, Damatrice Amao, Jacques Barsac, Max Bonhomme, Sébastien Gokalp, et un essai d’Emanuele Coccia, Actes Sud, 2021, 256 pages

Actes Sud – Charlotte Perriand

Vue diorama 1937

©Charlotte Perriand

Exposition éponyme au Monoprix du 4 juillet au 26 septembre à l’occasion des Rencontres de la photographie d’Arles 2021

Charlotte Perriand – Rencontres de la photographie d’Arles

Panneau p. 56-57

©Charlotte Perriand

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Un commentaire Ajoutez le vôtre

  1. Matatoune dit :

    Je connaissais l’engagement de l’architecte et je découvre ici celui de la photographe. Merci

    J'aime

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