Tulsa, le massacre continue, par Victor d’Allant, ethnophotographe

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©Victor d’Allant

« Comment nous attarder à des livres auxquels, sensiblement, l’auteur n’a pas été contraint ? » (Georges Bataille)

C’est un livre surgi de nulle part, ou plutôt si, des Etats-Unis, de San Francisco, où vit son auteur, l’anthropologue visuel né à Paris Victor d’Allant.

Il s’intitule Tulsa, Ok, ville de l’Etat de l’Oklahoma, où Larry Clark photographia en 1971, pour un ouvrage ayant fait scandale – publié par Ralph Gibson dans sa propre maison d’édition, Lustrum Press, c’est aujourd’hui une œuvre de référence -, de jeunes toxicomanes livrés à la débauche et à la violence.

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©Victor d’Allant

Cinquante ans après Clark, Victor d’Allant se rend à Tulsa, guidé par Julie Winter, trafiquante de drogue Latina, mère célibataire de deux enfants, lui faisant rencontrer de nombreuses femmes dépendantes, notamment de la cocaïne.

Dessiné avec brio par le maître Joao Linneu, Tulsa, Ok est un livre de défonce, de nudité et de solitude.

Un livre de pulsion de mort, de sang, de profanation.

Un livre où les belles, seins nus, déesses ivres, se piquent au néant.

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©Victor d’Allant

Double hommage à Larry Clark et Antoine d’Agata, c’est une œuvre qui crie, où les sirènes de la police hurlent, où les jouissances sont des désastres intimes.

Bien sûr, Bataille est là, souverain en peau noire, moins dévoreur de bibliothèque que skateur, approuvant la vie jusque dans la mort.  

On se baise à l’arrière des voitures, ou sur les Harley comme chez Danny Lyon, on prend comme on peut sa part de volupté, en laissant s’écouler les fluides sur les banquettes de skaï.

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©Victor d’Allant

Carabine, dogues, culotte noire.

L’Amérique est folle, qui se prostitue pour quelques dollars, pour une dose, pour le kif maudit.

Dieu est peut-être là, mais on ne le voit pas souvent.

Les flics rôdent, nous sommes en Enfer – quelle corniche ?

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©Victor d’Allant

Une esclave rampe devant son maître, fesses rougies, seins gonflés par la corde qui les presse.

Un peu de corps contre un peu de rêve, un peu de larmes contre un peu de sperme.

En 1921 eut lieu à Tulsa un massacre, longtemps tu, contre des Afro-Américains (plus d’une centaine de morts) par la population blanche.

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©Victor d’Allant

Est-on certain que la haine n’ait pas totalement contaminé les âmes ?

Tulsa est pleine de cicatrices, de tatouages revendicatifs, de rage.

Les modèles de Victor d’Allant ont systématiquement la poitrine nue, parce que le lait des mères est ici largement empoisonné.

On fait l’amour à deux, à trois, mais comment oublier que le sang est pourri ?

Sur la neige sale, le drapeau de l’Amérique a chu.

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Victor d’Allant, Tulsa, Ok, textes Victor d’Allant, Julie Winter (avec Sophie Halton), book design Joao Linneu, éditions D!, 2021

Victor d’Allant

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©Victor d’Allant

Un commentaire Ajoutez le vôtre

  1. Matatoune dit :

    Oh, là, quel livre !

    J'aime

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