La palette est déjà l’horizon, par Fabien Dettori, peintre

8

©Fabien Dettori

La palette est déjà l’horizon.

A plusieurs reprises, Roland Barthes, qui aurait souhaité être peintre, écrivit dans une formule aussi limpide que sibylline : « Nicolas de Staël est dans 3cm2 de Cézanne. »

Il n’est pas improbable que Fabien Dettori, artiste des grâces féminines et des épiphanies de la matière, ait radicalisé cette proposition, puisqu’en ses derniers essais d’abstraction toute l’histoire de l’art semble se trouver dans les quelques centimètres carrés de ses œuvres, qu’il s’agisse de la tradition de l’icône byzantine ou de l’expressionnisme américain, des paysagistes anglais du XIXe siècle ou des peintres anonymes du Fayoum.

24

©Fabien Dettori

26

©Fabien Dettori

Dans la condensation des formes unifiées par le hasard des couleurs rassemblées, dans la surrection des lignes se dégageant du magma des pigments, monte une figure plus belle que toute figuration, qui est le spectacle de la mer en mouvement, ou de la psyché humaine constamment déplacée par ce qui la heurte, rai de soleil, regard d’une passante, musique légère ou Requiem.

Il y a des audaces de jaunes rencontrant des tempêtes de gris, des coulées de sables bitumeux avançant leurs viscosités en des deltas polychromes aussi éblouissants que des matins du monde.

28

©Fabien Dettori

Par-delà le bien et le mal de la symbolique des couleurs exaucées à l’instant de leur mélange, par-delà la violence des lacérations et des déchirures du papier, dans le systématisme des rectangles de vision juxtaposés, se lève une quiétude d’outre-monde, bien plus réelle que l’affairement de nos gestes dans l’étendue des jours.

La peinture crépite, les nuages sont en feu, les paysages de fable et de simplicité dialoguent dans l’émotion, à la façon des vues du peintre et graveur du Siècle d’or néerlandais Jacob van Ruisdael.

En ses pièces de petit format – 9,2cm x 7cm -, Fabien Dettori invente des batailles d’ocres et de bruns, des complicités de guerriers associant leurs forces en des combats épiques et des gémellités de hasard supérieur.

27

©Fabien Dettori

On se tresse, on se tisse, on se tue, on s’embrase.

On se cogne, on se frotte, on s’enlace.

Orient et Occident se rencontrent sur des falaises de craie blanche absorbant l’esprit comme la malédiction d’orgueil.

Un Sécessionniste viennois discute avec un vieux fou de peinture, alors que tombe sur eux la pluie d’or d’une palette encore fraîche.

falling man

©Fabien Dettori

Le temps est un bel homme-enfant de Paestum plongeant depuis deux mille cinq cents ans dans la mer Tyrrhénienne, mais c’est aussi le saut ultime d’un assassiné préférant mourir d’air que de flammes un jour d’attentat sanglant.

Les mains du peintre et de ses modèles racontent ce que les gymnopédies d’Eric Satie font entendre : un état émotionnel, un phénomène atmosphérique, une autonomie de ritournelle.

Il n’y a plus distinction entre l’intérieur et l’extérieur, tout est communication, don et contre-don à l’instant même de la perception.

53

©Fabien Dettori

On peut lire dans le Livre de Job : « Dites-moi où habite la lumière, et quel est le lieu des ténèbres. »   

Nul doute qu’en ses surfaces colorées de fulgurance et d’inconscient, Fabien Dettori n’ait trouvé la formule d’une vibration épuisant les appels de mélancolie pour les métamorphoser en chant de lumière.

56

©Fabien Dettori

(Texte écrit à la suite d’une visite récente de l’atelier parisien de Fabien Dettori)

image1-2

Contacter Fabien Dettori :

Instagram Fabien Dettori

triptyque2

©Fabien Dettori

Un commentaire Ajoutez le vôtre

  1. Elisabeth Tellechea dit :

    Fabien Dettori: vraiment c’est superbe.

    J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s