Derniers feux, éloge des mains d’or, par Yvon Lambert, photographe

©Yvon Lambert

Edité une première fois en 1998, l’ouvrage de photographie Derniers Feux est aujourd’hui republié, dans une deuxième version, dans le cadre d’une exposition ayant lieu aux Archives nationales de Luxembourg en 2021/2022.

Consacrée au dernier haut-fourneau du Grand-Duché, le Haut-Fourneau B d’Arbed Esch-Belval, arrêté le 28 août 1997 à 19.00 heures, la série photographique d’Yvon Lambert est un hymne aux ultimes ouvriers de l’acier de son pays, ainsi qu’au lieu qui avala leur force de travail.

©Yvon Lambert

Derniers Feux est un chant dont les tonalités très sombres, noir charbon, s’élèvent à la lisière du fantastique.

L’épopée de la sidérurgie au Luxembourg s’achève, comme dans tant d’autres pays européens à la fin des années 80 et 90, mais un photographe est là, qui documente, archive, témoigne, en trouvant une forme pour traverser le temps et rendre compte aux plus jeunes générations de ce que fut l’aventure de l’industrie du minerai de fer.

Œuvre mémorielle, Derniers Feux est aussi un regard très personnel sur des usines titanesques où les hommes, prométhéens, apparaissent comme des voleurs de feu.

©Yvon Lambert

Les cheminées crachent des nuages épais, ce sont comme chez Zola des alambics dotés de vie.

Un ouvrier roule le feu, conduit la coulée brûlante, la fonte se forme, ardente, impitoyable.

Des gerbes d’étincelles, des casques de protection, le bruit assourdissant de toute la machinerie.

©Yvon Lambert

Ce pourrait être un film noir, mais mieux encore, c’est la réalité quotidienne du courage et de l’audace.

Le lait d’acier, versé à la louche pour la fabrication de pièces, est d’un or aux charmes dangereux.

Les gants sont lourds, mais aussi les capes ignifugées, et les chaussures de sécurité.

©Yvon Lambert

On respire mal, on se consume de l’intérieur, mais il y a la fraternité, la fierté de participer ensemble à une opération quasi alchimique, le combat éternel de l’esprit contre la matière.

En son corpus en noir & blanc, Yvon Lambert rend hommage à ces travailleurs de l’impossible devenus surnuméraires à l’heure des grands basculement géoéconomiques mondiaux.

©Yvon Lambert

« Un espace « banalement » industriel plongé dans un rayon de lumière zénithal, écrit en postface de son livre Ava-Maria Reuther, une des plus belles photographies de la série, trouble nos habituels repères esthétiques par un glissement qui confond notre conception du profane et du sacré. »

Voilà, c’est tout à fait ça : un espace profane absolument sacré.

Yvon Lambert, Derniers Feux, postface Ava-Maria Reuther, conception graphique Jean-Philippe Janus, FARGO, Archives nationales de Luxembourg, 2021 – 800 exemplaires

Yvon Lambert est représenté par l’Agence VU’

Exposition éponyme du 30 septembre 2021 au 30 avril 2022 aux Archives nationales de Luxembourg

L’exposition

Un commentaire Ajoutez le vôtre

  1. Jim Murphy dit :

    I saved this blog to explore, I love the writing, I treasure the work and the spirit.

    J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s