Le noir tango des âmes perdues, par Anton Delsol, photographe

©Anton Delsol 

L’attrape-rêve, du photographe Anton Delsol, son livre à ce jour le plus abouti – maquette, atmosphères chromatiques, construction des diptyques – est composé de nocturnes.

Protégées par le noir, des femmes apparaissent, des regards, des visages, des lèvres.

Nous sommes dans les royaumes souterrains avec toutes les Eurydice perdues par leurs amants pressées.  

Dans un texte fameux, Pascal Quignard évoquait notre commune nuit sexuelle, cette part d’inconnaissable où s’élabore le désir.

©Anton Delsol 

Anton Delsol sculpte les ténèbres, écarte les pans du manteau troué de Pluton, à la recherche du souffle féminin, guidé par le son des pieds nus sur la pierre volcanique.

Une voix se lève, un chant.

On entend : « Sourd, dans le coton, en déséquilibre et souvent aveugle, j’ai finalement appris à danser le noir tango des âmes perdues. »

L’attrape-rêve est « matière mentale », chemins obscurs, grâces et suppliques.

©Anton Delsol 

Bonheur ici de retrouver des visages et des silhouettes découverts dans d’autres photozines, comme si le temps n’existait pas.

Qu’y a-t-il tout au bout de la mine ou dans les catacombes interdites ?

Des matelas, des guipures, des racines, des palais en ruine.

A la surface, les chevaux paissent paisiblement.

Les gémissements d’extase du sous-sol chatouillent leurs oreilles, rien de plus normal que les volutes du plaisir, les humains sont connus pour cela.

©Anton Delsol 

Des rêves, des fantômes, des fantasmes.

Des courbes, des bas, l’abri d’un livre.

La liberté d’être et de se montrer, quel que soit le corps.

On frappe à une porte ? fermée.

Une autre porte ? fermée.

Une autre encore ? elle s’ouvre.

©Anton Delsol 

Les inconnus se regardent à peine, se sentent du bout des yeux, s’approchent lentement en faisant craquer le parquet.

« De quelle croix suis-je la blessure ? », dit-il.

Il y a battement du grand dehors – eaux tumultueuses, chapelles de solitude dans des campagnes lointaines, présences végétales et animales -, et de l’intimité délivrée.

Pulsation romantique, égarement, quête de l’absolu.

Les corps flottent dans le noir, suent, les cheveux sont mouillés.

©Anton Delsol 

Le photographe murmure : « Des fougères poussent dans ma bouche, mon cœur se fait pierre, bientôt je serai trop lourd pour faire demi-tour. »

Sur le voile de Véronique de la nuit sexuelle se dessinent les formes de l’archaïque, mais aussi la nouveauté des beautés incarnées.

Messieurs, Mesdames, vous ne saurez pas qui nous sommes.

Voici des prénoms, Aude, Lydie, Lola, Mathilde, Morgane, Sasha, Narcisse, Georgia, Emeline, Mélissa, Alléria, Clara, Marion, Audrey, Ambre, nos voyelles ouvriront peut-être vos cœurs, et l’ensemble de vos chakras.

Si tel est le cas, nous pourrons disparaître.

Anton Delsol, L’attrape-rêve, autopublication, 2022 – 150 exemplaires

https://www.instagram.com/p/CgiCZjJjejm

©Anton Delsol 

Mail : antondelsol@yahoo.com

Un commentaire Ajoutez le vôtre

  1. Très beau texte monsieur Ribery qui met en valeur la démarche et la poésie d’Anton Delsol

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