Islande, île des fumées, par Joseph Charroy, photographe, et Florence Cats, poétesse

©Joseph Charroy

« Si étrange que cela puisse paraître, j’entrerai dans d’autres vies : ceci n’est peut-être qu’une escapade, un simple prélude. » (Virginia Woolf, Les Vagues)

La colline a des yeux est une série de quatre films d’horreur américains, dont le premier épisode date de 1977.

En intitulant leur ouvrage-road trip, Le vent qui a des yeux, Florence Cats & Joseph Charroy avaient-ils en tête l’œuvre de Wes Craven, ou, plus simplement, ont-ils compris très vite la dimension animiste et mythologique de l’île qu’ils ont traversée en auto-stop, l’Islande ?

©Joseph Charroy

Issu d’un voyage ayant eu lieu en août 2011, cet ouvrage dont il ne reste que quelques exemplaires (contacter Joseph Charroy, ou son éditeur David Fourré, Lamaindonne) témoigne du regard d’un jeune couple accordant leur désir de liberté et de découverte à un espace aussi sublime que rude.

La lumière est la plupart du temps grise, il fait froid, mais tout est possible.

Dans la préface qu’il offre aux voyageurs, Bernard Plossu se souvient sans le dire explicitement des petites îles italiennes découvertes avec Françoise.

©Joseph Charroy

L’amour n’est pas un vain mot, c’est le moteur des plus belles existences.

Le témoin est passé, d’autres continuent l’aventure dans l’affection et le silence neuf, tout va bien.

La pierre est noire, les landes très vertes, les nuages bas.

Il y a continuité de vapeurs et de macadam, des maisons proprettes faisant songer à des bungalows hermétiques, et des touches de couleur discrètes.

©Joseph Charroy

Du linge sèche, un cabanon à-demi enterré est couvert d’herbes le protégeant, il n’est pas impossible qu’en ces lieux réside un esprit.

Florence Cats, en habit de Fantômette, s’allonge sur la terre, oreille posée contre le très vivant.

Qu’il en ait conscience ou non – les voyageurs sont parfois si naïfs -, l’humain participe ici d’un grand rite naturel où chaque chose, quoi qu’il arrive, est à sa place.

Joseph Charroy photographie de façon cinétique, sensible à la présence des lieux de culte et de leur environnement immédiat, aux habitations de bouts du monde et aux glaces bleutées.

©Joseph Charroy

Les images sont quelquefois floues, rendant compte de l’état quasi somnambulique que créent les îles de grande intensité.

Aucune esbroufe ou grandiloquence dans Le vent qui a des yeux, mais le spectacle de ce qui vient, formes d’une maison, piscine de plein air, étang, chemins côtiers, bateau rouillé, toit de chaume.

On image très bien pour certaines photographies un tirage Fresson, procédé capable de révéler la dimension d’héraldique de la réalité.

On projette quelque part Stromboli – a-t-on rêvé ? -, on se promène dans le désert islando-arizonien, on écrit des poèmes, on s’aquarellise.

©Joseph Charroy

Florence Cats note le 12 août : « fin du jour, l’eau est verte, les montagnes s’estompent, vaporeuses / je me couche dans l’herbe, un goéland se couche dans le ciel bleu / soudain, la pluie tombe sur mon visage / au loin, l’agitation. »

Les scènes sont surréalistes, drôles, étonnantes : « devant le 24h/24h un phoque obèse se jette sur une paire de vieux imbibés / il les écrase de toute sa mollesse convaincue et le trio roule sur le pavé / personne ne volera son magasin / il se relève en criant, son pantalon découvre la raie de ses immenses fesses / les deux vieux s’éloignent sans leur butin en riant et en se câlinant »

L’Islande est-elle un rêve ? Est-on certain que ce territoire existe vraiment ?

©Joseph Charroy

« d’un versant la roche dévale la pente / de l’autre, la mer plonge dans la brume / sur la voie du milieu nous poursuivons la ligne continue, hypnotique »

Le vent a des yeux de fougères ivres, et run away guys.

Joseph Charroy & Florence Cats, Le vent qui a des yeux, auto-stop en Islande, préface de Bernard Plossu, Lamaindonne, 2012, 104 pages

©Joseph Charroy

https://www.lamaindonne.fr/produit/le-vent-qui-a-des-yeux/

©Joseph Charroy

https://www.josephcharroy.be/livres/auto-stop-en-islande/

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  1. Merci pour ce partage. Ca à l’air tres beau.

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