
©Pierre-Jean Amar
« Faire des photographies est pour moi le seul moyen que j’ai de transmettre aux autres ce que je ressens en face de la nature. » (Pierre-Jean Amar)
Je naissais, Pierre-Jean Amar quant à lui, à quatre pattes, plongé dans les fourrés, photographiait déjà les plantes qu’il aimait.
L’ami de Willy Ronis ne pratique pas le médium – comme disent les doctes – pour se monter du col, non, mais pour témoigner de la fraternité, de la sensualité de l’existence, de la beauté de la vie.

©Pierre-Jean Amar
Son nouvel opus, Photos buissonnières, publié par Arnaud Bizalion Editeur, est un recueil de délicatesse colligeant cinquante années de regards sur les moindres, les végétaux les plus communs – quoique les plus inconnus souvent en leur miracle de traits -, héros modestes de la création.
Les images argentiques ou numériques sont en noir & blanc, et quelquefois colorées par des virages, il n’y a pas de systématisme, tout se fait à l’instinct, au professionnalisme, au respect.
Pierre-Jean Amar ne capture pas les végétaux dans son boitier de vision, il les rencontre, comme des personnes, mystérieuses et magiques.

©Pierre-Jean Amar
Au Moyen Age, les religieux prenaient soin dans leur monastère d’un carré de plantes appelé jardin des simples, fournissant à la fois nourriture, condiments et médicaments.
Ils savaient, nous ne savons presque plus rien, il nous faut retrouver ce qui a été perdu.
La profondeur du temps se retrouve dans l’attention au plus proche, ces choses de rien qui sont tout et peuplent nos forêts, les espaces naturels ou même les friches urbaines.
« Pierre-Jean Amar, écrit joliment Jacques Terrasa, n’est pas un grand voyageur ; le continent qu’il explore est celui qui sied à un contemplatif presque immobile. Il commence de l’autre côté de la fenêtre de la cuisine, qui donne sur le jardin. On y voit les herbes folles qui poussent au pied du tilleul, puis le champ de graminées, diversité botanique autant que formelle, ce « Tiers paysage » évoqué par Gilles Clément, cet « ensemble des délaissés du territoire dont la fonction évidente – et désormais nécessaire – est d’accueillir les espèces ne trouvant place ailleurs. »

©Pierre-Jean Amar
Voilà, vous l’avez compris, Photos buissonnières n’est pas un livre, c’est un conservatoire, une réserve de merveilles pour les temps présents et futurs, quand l’humanoïde ayant déserté son humanité aura presque tout ravagé.
A toi mon amour, à toi mon fils, à toi maman, à toi mon amie, j’offre un bouquet d’Amar et deux ou trois Brihat, n’est-ce pas le plus cadeau ? Bien entendu, si je trouve quelques Blossfeldt et des Atkins, je les joins à cette brassée de joie.
Même en noir et blanc, les images de l’auteur d’Aurélien (Editions Filigranes, 2001) paraissent enluminées.
La première fois que nous vîmes ces roturières appelées Bérénices de nos jardins, nous ne les trouvâmes pas si belles, et pourtant quelle grâce, quelle intelligence formelle, quelle persistance dans le presque rien qui est un superbe tout !
On approche le visage du papier glacé, on aimerait les respirer, les toucher, les goûter, les entendre nous murmurer : « Viens, n’aie pas peur, caresse-moi un peu, je t’attends depuis longtemps. »

©Pierre-Jean Amar
Si la photographie possède une fonction haptique, Pierre-Jean Amar en est l’un des maîtres, certes discrets, conscient qu’il faut probablement plusieurs vies pour être capable d’accéder à la langue d’or permettant de communiquer avec l’ensemble du créé.
En attendant d’obtenir l’honneur d’être considéré comme un champignon ou une laitue sauvage, nous errons sur cette planète comme des déments.
En préface, le photographe remercie ses modèles la balotte, l’orge de chien, l’aspérule, la trèfle des prés, l’urtica diocia, la romynilde brune, le larmier pourpre, le laiteron âpre, l’euphorbe réveil-matin, la bourse-à-pasteur, le galinsoga paviflora, l’égopode, l’acacia, l’olea europaea, le plantanus et « tous ceux dont je n’ai hélas pas le nom ».
Aux invisibles, aux parias, aux effacés, Pierre-Jean Amar rend un hommage vibrant de sensibilité.

Pierre-Jean Amar, Photos buissonnières, 1972-2024, textes Jean-Pierre Amar, Marie-Christine Amar, Jean Arrouye, Guy Le Querrec, Stefania Romano, Jacques Terrasa, Edward Weston, graphisme maquette Marc Peyret imagineur et Jill Zafra, photogravure Christophe Girard, Arnaud Bizalion Editeur, 2024
https://pierrejeanamar.book.fr/

©Pierre-Jean Amar
https://www.arnaudbizalion.fr/accueil/209-photos-buissonnieres-pierre-jean-amar–9782369802099.html