©Adel Abdessemed « Je me dis souvent que si nous parvenions à lui donner forme et couleur, notre parole ressemblerait aux corps astraux des tables tournantes ou aux ectoplasmes surgissant des bouches occultes ainsi que des giclées de fleurs, des grosses bulles de chewing-gum, des vapeurs épaisses de fumée ou des chrysalides soyeuses. Parler : expectorer. » (Colin…
Étiquette : Gallimard
Le caravansérail du 70 bis, par Patrick Modiano et Christian Mazzalai
Le cowboy de Montparnasse « Au 70 bis, de grands déjeuners dans le jardin étaient présidés par le singe Jacques dans un fauteuil d’enfant. Une scène de théâtre avait même été dressée, le « théâtre Notre-Dame-des-Champs », qui avait cette singularité d’être interdit au public payant. » Inlassable piéton de Paris, Patrick Modiano est aussi l’un de ses plus…
Rilke heimatlos, par Olympia Alberti, écrivaine
Leonid Ossipovitch Pasternak, Portrait de Rainer Maria Rilke à Moscou, 1928 « Comme dans un conte pour enfants, les maisons de Rilke n’étaient que des paupières où cacher quelques heures, quelques jours, quelques mois sa propre humanité, souvent difficile, son regard « impréparé » aux éclats du monde. » René Maria Rilke, devenu Rainer Maria Rilke sur le conseil…
Amour et solitude, par Rainer Maria Rilke, poète
« Il me semble que même chez un homme il y a maternité, à la fois physique et mentale. Un acte de procréation qui est aussi une manière de donner naissance, donner naissance à partir d’une force intérieure. Les deux genres sont bien plus étroitement liés que nous pourrions le penser. » J’ai passé l’été avec l’amour,…
D’île en île, par Jean-Paul Kauffmann, écrivain
Carte marine, île de Hoëdic « La plupart de mes livres sont travaillé par les maladies du souvenir : la pièce manquante, la disparition, les histoires de revenants. Je suis souvent débordé par mon sujet, je sais à présent que c’est pour cela que j’écris, pour être dépassé par ce que j’entreprends. » (Jean-Paul Kauffmann) A l’occasion de…
Paysages, comme un souffle, par Philippe Jaccottet, écrivain
Simon Hantaï « Mon voyage doit être, non pas une quête poétique, mais, au contraire, un remède contre la « poésie » quand celle-ci devient une tâche, un office, ou une hantise. Comme tout le monde, en partant, on jette par-dessus bord les soucis, le sérieux, l’essentiel. On va se régénérer en se reniant, ou du moins en…
L’art carnavalesque de Pierre Alechinsky, peintre
Pierre Alechinsky « le temps de / la pesanteur / est-il révolu » (Pierre André Benoit) Carnaval dans la ville belge de Binche. Carnaval sur la pierre lithographique. Sur les plaques de cuivre, en dessins, en aquarelles, en encre de Chine. En cartes de géographie brouillées. Art du serpent, constellation CoBrA. Franger les cases comme les fils…
Notre mer qui n’est pas au ciel, par Erri De Luca, écrivain
Rabbin à la Torah sur les toits de Vitebsk, 1979, Marc Chagall « La Vistule au dégel éclairée par les flammes du ghetto : / ça ne pouvait suffire au vingtième siècle. / L’eau en Europe coûte à nouveau son équivalent de sang. » Il y a des poèmes déchirants dans le recueil Récolte à la lumière du…
Le charme discret de l’amitié, par André Gide, écrivain, et Théo Van Rysselberghe, peintre
Scène côtière vers 1892, Théo Van Rysselberghe On peut, comme Philippe Sollers, préférer Paul Claudel à André Gide, mais l’on peut aussi ne pas choisir, et lire chacun dans le feu qui le féconde, car enfin – parmi tant de titres – Paludes (1895), Les Nourritures terrestres (1897), L’Immoraliste (1902), Les Caves du Vatican (1914),…
Face au mascaret du néant, par Gérard Macé, écrivain
Le mécano de la General, 1927, de Buster Keaton et Clyde Bruckman « Je finis par noter des phrases que je sais par cœur, pour passer aux suivantes. » Apparaître dans un film muet burlesque, grotesque, atroce, merveilleux, appelé vie. Commencer à bouger les lèvres, n’être entendu des spectateurs que par l’intermédiaire de pauvres cartons. Ecrire de…
Comme une cravache, la vie flagelle, par Mireille Havet, écrivaine
James Ensor « Une terrible, une animale, une dévorante sensualité est en moi, pesante et gluante jusqu’à mes doigts avides de se faire plus insinuants de caresses, de posséder, de faire chanter un corps de femme, une chair miraculeuse et savoureuse comme celle de Madeleine. » Mireille Havet, merveille, mirabilia, Ave Maria pour toutes les lesbiennes du…
Un nouvel amour du langage, par la revue de littérature Aventures
James Joyce, 1928, par Berenice Abbott « L’intensité de la sensation détruit l’ordre. » (Georges Bataille) Paraît la troisième livraison – sous couleur orangée – de la revue de littérature Aventures, et c’est une joie renouvelée. Les écrivains sont seuls, ou à peu près, mais il y a la fraternité des revues, ces laboratoires textuels tentant par…