La pharmacie de Sade, par Gérard Macé, écrivain

La France ? Des siècles de paysannerie, de chevalerie, et une bibliothèque comme nulle part ailleurs. Les aménageurs de l’industrie triomphante ayant ravagé les campagnes et la plupart des accès aux villes ? Ils n’existent tout simplement pas, leurs méfaits les ayant remplacés corps et âme. La morale ? Recouverte par la moraline et le…

Pipeline, des esclaves sexuelles, par Elena Perlino, photographe

« Il y a des filles qui finissent sur le trottoir le soir même de leur arrivée. Et si elles osent dire non, alors elles sont battues, violées et massacrées. Cela n’a pas été mon cas. » J’ai présenté il y a environ un an l’excellent reportage effectué par la photographe d’origine italienne Elena Perlino…

La littérature à chaque ligne, Au cœur des ténèbres, de Joseph Conrad

Dans la préface de son premier récit maritime publié en 1897, Le nègre du Narcisse, Joseph Conrad écrit superbement : « Toute œuvre littéraire qui aspire, si humblement soit-il, à la qualité artistique doit justifier son existence à chaque ligne. Et l’art lui-même peut se définir comme la tentative d’un esprit résolu pour rendre le…

De l’action selon la pensée chinoise, par Romain Graziani, philosophe

« Plus j’ahane à la trouver, plus je l’enfonce en oubliance. » (Michel de Montaigne) Spécialiste du taoïsme (lire son Fictions philosophiques du « Tchouang-tseu », chez Gallimard, collection L’Infini, en 2006), Romain Graziani déploie avec L’Usage du vide, Essai sur l’intelligence de l’action, de l’Europe à la Chine une réflexion passionnante, et pleine d’humour,…

Penser en temps de détresse, Paul Valéry, août 1933

« Les fascisme, bolchevisme et nazisme sont des idolâtries primitives à ingrédients mystiques » (XVI, 814) Dans une époque hideuse politiquement, détruisant méthodiquement le bien commun en soumettant chaque segment de réalité à la pensée calculante, lire à contretemps est une nécessité pour la vie de l’esprit. La publication d’un cahier inédit de Paul Valéry…

La guerre en province, par Louis Guilloux, écrivain

« La guerre en province est sourde. C’est une guerre de taupes. Elle est polie. Les ennemis se rencontrent cent fois par jour, au coin des rues, et chaque fois qu’ils se rencontrent, ils échangent un salut. Ils observent d’autant mieux cette correction, qu’ils appartiennent au même corps, et ont à cœur de n’en point…

Une rencontre princière, par Marc Pautrel, écrivain

« Je lui dis que l’écriture c’est comme le corps, chacun a son propre corps, il est à soi et est unique, il faut le protéger et surtout le découvrir seul. Je pense au fond de moi-même : l’écriture c’est comme la sexualité, mais je ne le dis pas. » L’éternel printemps est un récit…

Politique et amitié, Panaït Istrati-Romain Rolland, une correspondance

On peut s’effrayer quelquefois de la grosseur des volumes des correspondances, 700 pages pour les lettres inédites (1804-1828) de François de Chateaubriand à Delphine de Custine et Claire Duras (Gallimard, 2017), 1950 pages pour la Correspondance 1854-1898 de Stéphane Mallarmé (Gallimard, 2019). Pourtant, la perspective de s’approcher de la matière même des écrivains (la vie,…

Bacon rit, par Franck Maubert, son ami

« Si les Français apprécient mon travail, je n’aurai pas l’impression d’avoir tout raté. » Bien entendu, pour comprendre qui était Francis Bacon et comment il travaillait, les entretiens avec David Sylvester sont indépassables. Cependant, la parution récente d’autres documents permet d’approcher de nouveau l’un des plus grands peintres du XXème siècle : le recueil…

Trump joue du basson, la NRF, revue nécessaire

Je ne prends pas le temps de rendre compte systématiquement des parutions de La NRF, La Nouvelle Revue Française, dirigée avec beaucoup de brio chez Gallimard par Michel Crépu. J’ai mille excuses, mais, bien entendu, j’ai tort. Voici donc réunis sur ma table de travail les quatre derniers numéros (n°634 à 637), couvrant une période…

Louis-Ferdinand face à ses juges, Céline en prison

  « On fout le camp jamais assez tôt, assez loin… » (Lettre à Marie Bell, 17 décembre 1948) Traqué, persécuté, emprisonné, accusé de trahison, Louis-Ferdinand Céline ne comprend pas, s’insurge, se défend, attaque. Deux hypothèses lui semblent s’imposer, conduites toutes deux par un désir de vengeance : les communistes n’auraient pas supporté la parution…