Avec la part des anges, par André Velter, poète

Marc Riboud

« Transcrire à la volée / Ce qui te visite // Ce qui te passe / Par la tête et les reins // Ce qui te captive te libère / Et ne t’appartient guère // Comme s’il n’était autre souci / Que de porter un toast // Avec la part des anges »

André Velter aime les gestes libres, les chevaux sauvages, et la poésie, qui est le cœur de toute chose.

Polemos dirige le monde, pensait Héraclite d’Ephèse.

Oui, probablement, si l’on mène la guerre contre la fausse monnaie du langage ordinaire, abâtardi, souillé.

Où se risque la chance, dernier recueil paru de l’ami de Zéno Bianu et Alain Borer – trio infernal/magique – est une traversée au long cours des passions, émotions diverses et intérêts de l’auteur, dont les éléments, indéniablement, sont le feu et l’air.

Des chutes ascensionnelles, des ascensions qui chutent, sans tomber.

Voilà la vie approfondie par les mots, les voyages, l’amitié, avec Villon (le terme dépulpé), Bouvier (pérégrin du Khyber Pass), Adonis (ancien, neuf, en-avant), et tant d’autres éveilleurs de conscience.

Où se risque la chance peut se lire comme un manuel de survie intime en temps de crise.

Mais, André Velter ne s’intéresse pas à la catastrophe – la société le fait pour lui -, préférant la célébration aux entreprises de démolition.    

Son éthique ? la danse sur le volcan des affects tristes, l’enchantement par la bibliothèque animée.

André Velter ne joue pas au savant, même s’il est de haute science.

Son lexique est simple, le ton direct, la lyre partageuse.

Etre chant.

Son évocation du photographe Marc Riboud est un autoportrait idéal : « Artiste de la fraternité active, / il a des approches de vagabonds, d’arpenteur, de funambule, / pas d’entomologiste, pas d’ethnologue, pas d’enquêteur. / Ses photos ne sont jamais des pièces à conviction, / le procès de l’humanité n’a qu’à se tenir ailleurs. / Avec lui tous les hommes sont des grands de ce monde, / ou des rêveurs, ou des sages qui s’ignorent. »  

Merveille d’être là, chance intacte.

Préférer les écuries de Versailles au palais des glaces.

Zigzag franc, Zingaro debout sur la croupe du temps, frère de calame.

Le Manifeste de la poésie vécue, d’Alain Jouffroy est cité, livre essentiel pour les adeptes du Grand Dehors (Kenneth White) et de l’externet.

Lire page 67 Ce que Surréalisme veut dire, excellent texte, magnétique, programmatique.

Lâchez-tout, vous trouverez l’or du temps.

« Etre à l’abri ! / Je ne suis pas né pour ça. »

Alexis Leger/Saint John Perse donne le ton, le tempo, le cap : « … j’exulte de pouvoir enfin réaliser le rêve qui m’aura tant hanté : celui d’un peu de vie réelle en plein et vrai désert ».

Rimbaud ne cesse d’accompagner Où se risque la chance, mais on peut aussi l’appeler Conrad, René Char, André du Bouchet, Paul Celan, René Daumal, Lao-Tseu, Li Po, François-René Duchâble.

Poésie est antonyme de ghetto, qui doit s’adresser à « une immense minorité » (Juan Ramon Jiménez).

Monter sur un buffle, se hâter lentement, être couronné.

« Mettons les choses au point : je suis un mécréant mystique. / Ou, si vous préférez, un athée qui tire son chapeau aux Pères du désert, aux anachorètes, / autant qu’aux sadhus, majnouns et autres fols en dieu. / Donc, à tous les irréguliers, les irréductibles, les anarchistes de la spiritualité. »

Allez, vous dégusterez bien, poursuit l’homme allègre, un peu de « coquine Saint-Jacques ».

L’humour n’est pas absent, qui fait parfois songer à l’anarcho-poète Jean-Pierre Verheggen : « Bonne nouvelle cependant : avec le prélèvement automatique, Diogène n’a plus à s’inquiéter de la taxe foncière de son tonneau. »  

Apostille : « Le destin qui ne m’était pas destiné, / Je l’ai conquis en sens contraire. // Je l’ai façonné, sculpté, détruit, ré-enchanté / Avec le destin des autres. // De quelques autres. / De quelques-unes. »

André Velter risque l’étoile.

André Velter, Où se risque la chance, Gallimard, 2026, 252 pages

https://www.gallimard.fr/catalogue/ou-se-risque-la-chance/9782073159267

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