Le monde sauf, par Yamamoto Masao, photographe

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©Yamamoto Masao

Publié sur papier ivoire, dans un beau format de lecture, le trente-et-unième volume des éditions IIKKI intitulé Nusa, de Yamamoto Masao, procure une grande paix presque stupéfaite.

Il faut en déployer les pages en écoutant la musique du compositeur Akira Uchida, qui est, par la finesse des sons qu’il associe, notamment les voix gutturales d’invocation, et l’importance du silence, une œuvre d’essence presque extatique.

Après Sasanami (2020) et Kurayami (2023), le dernier pan de la trilogie du mage japonais se situe sur l’île d’Hokkaido, dont la part sauvage est encore remarquable.

Nusa évoque une baguette en bois recouverte de paille de lin utilisée lors des rituels shinto.

On l’agite de gauche à droite lors des cérémonies de purification, l’œuvre photographique de Yamamoto Masao pouvant être considérée ainsi, comme une façon de nous dépolluer les yeux, de nous désencombrer le mental, de nous laver l’esprit des effets désastreux d’une société malade.  

©Yamamoto Masao

Il y a encore de l’indemne, nous pouvons vivre dans le large et le sauf, si nous savons opérer un retournement du regard.

Masao observe le moindre comme une totalité d’être, et les éléments de la nature comme le rappel d’une vérité intérieure.

C’est une plume sur une portée musicale.

La lune noire et blanche, le ying et le yang de l’existant, des ombres errantes à l’horizon.

Un rêve éveillé.

On observe comme des craquelures à la surface de l’image, brisure par où passent le souffle et l’énergie de la création primordiale.

Les photographies de Yamamoto Masao sont quelquefois comme des lignes de fusain.

Des gouttes de sens.

Des instants de grâce.

©Yamamoto Masao

Ce sont des épiphanies, ou des épures ouvertes à la possibilité du satori.

Nous sommes seuls, oui, mais terriblement bien environnés, par la mer, le ciel étoilé, les lignes du monde premier.

Le mystère règne, les questions fondamentales sont posées : qui sommes-nous vraiment ? quelle est notre mission ? où allons-nous ?

Nusa arrête le temps, les affairements, la dispersion.

Scènes étranges, évanescentes, puissantes.

Un corps chute dans une sorte de miroitement amniotique.

Une colonie d’oiseaux s’envole, la nudité est vérité, un cygne tient dans son bec la cime d’une montagne enneigée.

©Yamamoto Masao

Bâton de pluie de la musique.

Tournoiement des nuages.

Villes électriques, là-bas, au loin, dans un horizon de feu.

Rapaces perchés, récurrence des motifs et formes géométriques.

Astres merveilleux, libres animaux, pierres votives.

Tout est en correspondance, il n’y a pas de reste, la vie est simple et expérimentale.

Masao ne capture pas les images qu’il produit, qui semblent se déposer tranquillement sur son objectif.

Il faut savoir voir, voir au-delà, voir au-delà de l’au-delà.

©Yamamoto Masao

Nusa est un espace de révélation, et de profonde méditation.

Nous sommes perdus, mais tout est sauvé.

Il faut prier, appeler les kamis, remercier.

Se taire.

Ecouter la musique qui vient.

Yamamoto Masao, Nusa, direction d’édition et publication Mathias Van Eecloo, creative production management Nakajima Reiko, IIKKI 031, 2026 – 1500 exemplaires numérotés et tamponnés à la main.

200 vinyles et 150 Cds accompagnent la publication de cet ouvrage – musique Akira Uchida

https://www.iikki-books.com/iikki-031-nusa

©Yamamoto Masao

https://www.yamamotomasao.com/

https://www.uchida-akira.com/

Exposition Yamamoto Masao intitulée Saru à la galerie Camera Obscura (Paris), du 12 juin au 1er août 2026 – vernissage le jeudi 11 juin à 17h

https://www.galeriecameraobscura.fr/index.html

Livre également à paraître chez Textuel

Y. Masao sera en outre exposé cet été au festival de Lectoure et à Chambon-sur-Lignon, ainsi que dans l’exposition Modèle animal aux rencontres d’Arles 2026

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