
©Edita Liessner
Short Stories on a long theme de la photographe tchèque installée à Paris Edita Liessner est un livre d’une beauté intrigante, faisant dialogue situations et formes issues de la vie quotidienne avec des structures géométriques rappelant Malevitch ou le minimal art.
Se présentant sous couverture souple transparente perforée d’un œilleton central, cette œuvre publiée à un tout petit nombre d’exemplaires possède une beauté qui n’est pas un anesthésiant mais une possibilité de méditation fine.
La question du voir et de sa modalité est d’emblée posée : comment regarde-t-on ? à partir de quel point ? de quelle fenêtre de perception ? où diriger notre œil ?

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Tout est fabuleux pour qui sait ne pas être sous l’emprise des objectifs sociaux focalisant l’attention sur le calcul, le rentable, le glorieux, le clinquant.
Edita Liessner s’attache à montrer le moindre, qui est chaque fois un cosmos singulier : des pans de murs blancs, un sol imparfait, une gouttière en acier, un muret formant un enclos de protection dérisoire.
Ce sont ensuite des formes translucides – un triangle vert, un cercle rouge, une barre blanche – s’invitant sur la page comme un rappel de signes archétypaux agissants.
Le vivant, semble nous dire l’artiste avec l’initié Pythagore, participe de l’ordre géométrique de l’univers.

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Les éléments sont posés, que l’on retrouve dans les situations ordinaires : l’ombre ronde d’un panneau de signalisation, un paquet écrasé abandonné dans la rue, des lumières dans la nuit londonienne composant des halos très cinématographiques.
La solitude de la regardeuse est perceptible, teintée de mélancolie, mais ce n’est pas un esseulement, c’est une position de retrait permettant l’observation des interactions entre les formes et les êtres.
il y a conversation sans drame entre l’usure du temps, et l’atemporalité des idées platoniciennes symbolisées par des formes premières.
Sensualité d’une chevelure rousse, pointes des feuilles d’une agave donnant l’impression d’une coquetterie de vernis à ongle, vêtures des passants parsemées de quadrillages.
Edita Liessner photographie un monde parfait en ce qu’il relève d’une sorte d’état de transe douce, ouverte à l’humour et à l’absurde.

©Edita Liessner
Un homme, vu de dos, taille sa haie en habit de ville, quelqu’un attend sa pizza à emporter dans un restaurant modeste, des genoux se frôlent dans un transport en commun, laissant devenir une histoire possible entre les voyageurs.
En ses microfictions métaphysiques, Short Stories on a long theme est de l’ordre d’une cosa mentale.
Flottent des formes, les veines d’un arrière-monde rempli de cristaux liquides en suspension, un mur de briques orangé, l’épaule dénudée d’une nymphe de transport.
Logique des épiphanies dans l’incommunicabilité générale.
Tout crie d’amour, mais avec une pudeur immense.

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Dernière image : un père, en habits bleu clair et foncé, tient la main de sa petite fille, en habits bleu foncé et clair.
On ne voit pas leur visage, mais leur double présence indique à la fois la liberté de chacun et l’interdépendance des liens.
On s’accompagne, on fait un petit bout de chemin dans l’existence, puis l’on disparaît en ressuscitant dans le tableau d’un suprématiste russe, ou un livre de photographie paisible et lumineux comme un moment ataraxique.

Edita Liessner, Short Stories on a long theme, book design Milan Nedved & Laura Morovska, Lost Light Recordings (United Kingdom), 2026 – 50 exemplaires


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