
©Emma Cambier
N’oublie pas de t’élargir par l’expérience (Kamilya Kuspanova).
Le cœur secret du dernier numéro de la revue Possession Immédiate est une citation violente d’Antonin Artaud tirée d’une lettre datée du 17 septembre 1945.
L’historien de l’art, enseignant et curateur Guillaume Blanc-Marianne l’a trouvée : « Les gens sont bêtes. La littérature vidée. Il n’y a plus rien ni personne, l’âme est insane, il n’y a plus d’amour, plus même de haine, tous les corps sont repus, les consciences résignées. Il n’y a même plus l’inquiétude qui a passé dans le vide des os, il n’y a plus qu’une immense satisfaction d’inertes, de bœufs d’âme, de serfs de l’imbécillité qui les opprime et avec laquelle ils ne cessent nuit et jour de copuler, de serfs aussi plats que cette lettre où j’essaie de manifester mon exaspération contre une vie menée par une bande d’insipides qui ont voulu à tous imposer leur haine de la poésie, leur amour de l’ineptie bourgeoise dans un monde intégralement embourgeoisé, avec tous les ronronnements verbaux des soviets, de l’anarchie, du communisme, du socialisme, du radicalisme, des républiques, des monarchies, des églises, des rites, des rationnements, des contingentements, du marché noir, de la résistance. »

©Emma Cambier
Contre cette anesthésie, il y a les gestes purs, l’innocence, la révolte, le verbe incarné.
Ce réveil, c’est ce que tente la revue-phénix de John Jefferson Selve, qui a proposé à ses auteurs, pour sa treizième livraison, de méditer cette phrase : « Colle ton oreille à ton âme et écoute bien. »
Part égale est faite aux écrivains et photographes-artmakers, c’est parfait.
Mais que nous dit notre âme, que nous murmure-t-elle, que nous rappelle-t-elle ?
N’oublie pas de brûler, n’oublie pas le feu, n’oublie pas de renaître (Linda Tuloup).

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N’oublie pas la voix de tes aïeux et le chant de tes racines (Lou Syrah).
N’oublie pas que la vie est un cabinet de curiosités peuplé de femmes au visage d’outre-vie (Kamilya Kuspanova).
N’oublie pas de faire de tes blessures des planètes neuves (Rose Vidal).
N’oublie pas de re-sidérer (SMITH).
N’oublie pas d’aller en hauts talons avec la réalisatrice chilienne Tohé Commaret dans un concert de PJ Harvey, ou au confessionnal, et de déplacer les frontières (Giasco Bertoli).
N’oublie pas d’être un volcan et de te dénuder devant la société entière (Emma Cambier).

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N’oublie pas de pointer le vide général par ta propre posture de vanité (Matthieu Peck).
N’oublie pas le feu des fêtes improvisées et des communautés éphémères (Georgina Tacou).
N’oublie pas de ne pas mourir de chagrin (Coline Lainé).
N’oublie pas de chérir ton hippocampe (Philippe Azoury).
N’oublie pas le tombeau vivant des archives (Thibault Tourmente).
N’oublie pas de traverser ton squelette (Simon Johannin), et ton épuisement (Patrick Bouvet).

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N’oublie pas de chercher dans les ruines du contemporains les fragments dispersés d’Osiris (Morad Montazami).
N’oublie pas l’avènement du flamboyant sur terre (Anton Bialas).
N’oublie pas la clarté de la page blanche (Ferdinand Gouzon).
N’oublie pas de prendre soin des oreilles des autres (Sinziana Ravini).
N’oublie pas la relation haptique au monde (Anna Prokulevicz).
N’oublie pas de questionner tes pères, et tous les hommes autour de toi (Polina Rukavichkina).

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N’oublie pas de relire Ballard, et de dériver avec lui (Chrisina Abdeeva).
N’oublie pas de ne pas être un homme qui dort (Victor Dumiot).
N’oublie pas de regarder et vivre à fond les images rescapées, sur-vivantes, de Robin Maddock (Clarisse Gorokhoff).
N’oublie pas d’aller vers l’insoluble plutôt que l’inoffensif (Séphora Pondi).
N’oublie pas les choses vues, et le passage-comète des saints-martyrs (Felix Macherez).
N’oublie pas de ne rien dire si rien ne t’apparaît comme vrai (Clément Roussier).

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N’oublie pas l’insoumission (John Jefferson Selve).
N’oublie pas d’associer la joie et la solitude, les phrases et la révolution (Yannick Haenel).
N’oublie pas l’amitié en ces temps de détresse.

Revue Possession Immédiate, rédacteur en chef/directeur de création John Jefferson Selve, directeur artistique Ben Wrobel, secrétaire de rédaction Ferdinand Gouzon, web Jean-Bapiste Louvet, 2026, 192 pages

Textes Sabine Audelin, Philippe Azoury, Patrick Bouvet, Victor Dumiot, Clarisse Gorokhoff, Ferdinand Gouzon, Yannick Haenel, Simon Johannin, Kamilya Kuspanova, Coline Lainé, Felix Macherez, Matthieu Peck, Sephora Pondi, Sinziana Ravini, Clément Roussier, Lou Syrah, Georgina Tacou, Rose Vidal
Images Christina Abdeeva, Philippe Azoury, Giasco Bertoli, Anton Bialas, Guillaume Blanc-Marianne, Emma Cambier, Tohé Commaret, Kamilya Kuspanova, Robin Maddock, Morad Montazami, Anna Prokulevicz, Polina Rukavichkina, SMITH, Thibault Tourmente, Linda Tuloup

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