Rio, ville-monde, par Jean-Christophe Béchet, photographe

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©Jean-Christophe Béchet

« La curiosité est une belle chose à observer. Avant même son premier voyage au Brésil, j’ai vu dans les yeux de Jean-Christophe un rêve de Rio. Ses attentes avant de poser le pied sur le sol brésilien l’ont incité à cartographier chaque recoin où il a pu accéder. Il nous montre un Rio onirique. » (Tanara Stuermer)

Il faut considérer le grand œuvre photographique de Jean-Christophe Béchet comme une fresque circumterrestre.

©Jean-Christophe Béchet

Balzac dépeignit la condition humaine en une cinquantaine de volumes, Jean-Christophe Béchet quant à lui ne cesse d’explorer et d’exposer ses archives personnelles de la planète, tout en utilisant quelquefois le médium jusqu’aux limites de l’expérimentation.

Prenant le relais de Trans Photographic Press, les éditions Loco publient désormais ce corpus intense, ce n’est peut-être qu’un début.

Le 7eme et 8eme livres chez Loco de cet inlassable voyageur sont consacrés à la ville de Rio, rencontrée côté ville, et côté mer.

Il faut ainsi regarder Rio Centro et Rio Praia comme un seul livre en deux volets, un diptyque, ou un bloc aurait dit Clémenceau.

©Jean-Christophe Béchet

Reliés à la Suisse, très élégamment édités, ces ouvrages établissent un portrait éminemment personnel de la grande ville brésilienne, aussi animée le jour qu’elle est déserte et dangereuse le soir.

Ses longues plages de sable sont la métaphore de son multiculturalisme et de sa vitalité sociale, toutes les classes sociales s’y retrouvant.

Adepte de la street photography, Jean-Christophe Béchet s’attache à documenter la réalité de ce qu’il voit, tout en lui donnant une dimension cinématographique, ou/et poétique.

©Jean-Christophe Béchet

Ses images en noir & blanc font quelquefois penser à un polar ou à un film de série B façon Huston ou Welles, quand la couleur crée une énergétique faisant dériver l’imaginaire jusqu’à la culture pop, reflet de la société de consommation et de la publicité, mais aussi d’un ailleurs évoquant la joie de vivre.

On marche, on s’affaire, on travaille, sous l’implacable loi du Ciel – théologie du soleil et des environnements voilés de brume.

Effets d’amorces, étrangetés surréalisantes, personnages isolés aux abords des bâtiments d’une ville devenant, dans la superposition de ses couches historiques et la multiplicité de ses emprunts architecturaux, postmoderne.

©Jean-Christophe Béchet

Mur rouge sang, robes à fleurs, mannequins en vitrine.

Décadrages, utilisation cinétique du boitier de visions, images qui basculent.

Le peuple est là, dans son disparate, la variété des corps, le mystère des visages.

Où vont donc tous ces êtres croisés dans la rue ? Vers quels carnavals ? quelles fictions ? quelles obligations ?

©Jean-Christophe Béchet

Un homme dort sur un banc, c’est peut-être ce qu’il y a de mieux à faire.

Un autre marche nu, tenant ses vêtements à la main.

Sommes-nous en Inde ou en Amérique du Sud ?

Lunettes noires, masques, regards inquiets.

Musiques, danses, tatouages.

©Jean-Christophe Béchet

Christ protège les petits d’hommes, les favelas, les quartiers bourgeois, les montagnes.

Les ombres et les noirs sont intenses, les couleurs éclatantes, l’œil dérive.

Le Rio de Jean-Christophe Béchet est une cosa mentale, comme si toute apparition était de l’ordre d’une résurrection, ou d’un éternel présent, accueilli dans sa dimension d’incorruptibilité – n’est-ce pas précisément cela la photographie ?

Les câbles téléphoniques strient le ciel, on communique dans l’incommunicable.

©Jean-Christophe Béchet

« J’aime la pertinence des visions extérieures, quand le pittoresque a disparu mais que l’œil ne s’est pas encore habitué aux liens, aux lumières, aux petits événements du quotidien, confie le photographe. Et aujourd’hui, j’aime autant me perdre dans les rues populaires de Cinelandia ou Saara que de voir dans la Zone Sud le soleil se coucher derrière Vidigal, la favela qui longe la route en corniche construite par Niemeyer face à l’Atlantique… »

Une route en corniche, voilà qui doit séduire ce Marseillais vivant à Paris, globe-trotteur n’ayant pas oublié ses attaches au Sud.

©Jean-Christophe Béchet

Instants d’ouverture à la plage, dolce vita brésilienne, corps bronzés, drague, et comme partout dans l’œuvre de Jean-Christophe Béchet un attrait pour le vide, le graphisme des corps et des bâtiments, la sensualité des êtres rencontrant la métaphysique des lieux.

Jean-Christophe Béchet, Rio Centro, textes Tanara Stuermer et Jean-Christophe Béchet, édition Eric Cez, maquette et mise en page L’atelier d’édition avec Jean-Christophe Béchet assisté d’Alix Biescas, photogravure Daniel Regard-Les Artisans du regard, éditions Loco, 2025, 140 pages

https://www.editionsloco.com/livre/rio-centro/

Jean-Christophe Béchet, Rio Praia, textes Carlos Drummond de Andrade et Jean-Christophe Béchet, édition Eric Cez, maquette et mise en page L’atelier d’édition avec Jean-Christophe Béchet assisté d’Alix Biescas, photogravure Daniel Regard-Les Artisans du regard, éditions Loco, 2025, 120 pages

https://www.editionsloco.com/livre/rio-praia/

©Jean-Christophe Béchet

https://www.jcbechet.com/

©Jean-Christophe Béchet

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