Perpétuer la mémoire, par Ginette Kolinka, témoin

Ginette Kolinka, 16 ans, lac d’Annecy

« Oui, la folie criminelle de l’occupant a été secondée par des Français, par l’Etat français. » (discours de Jacques Chirac prononcée en 1995 lors de la commémoration de la rafle du Vel’ d’Hiv’)

Depuis vingt-cinq ans, Ginette Kolinka, née le 4 février 1925, déportée avec des membres de sa famille le 13 avril 1944 à Auschwitz-Birkenau, dans le même convoi que Simone Veil, ne cesse de témoigner.

Il faut transmettre aux plus jeunes ce que la haine raciale et politique peut produire de pire, éveiller les consciences, se battre sans relâche contre le poison raciste.

Reprenant des propos simples et forts tenus devant des collégiens avec qui cette grande dame issue d’une famille juive athée s’entretint en juin 2024, le volume N’oubliez jamais est important, alors que meurent les derniers témoins directs.

Qui se souviendra ? Qui reprendra le flambeau de la parole juste ? Qui se dressera contre l’ignominie, revenue ou tapie dans tel ou tel recoin idéologique, avant de nous sauter à la gorge ?

Dans sa préface, la romancière Anne Berest, qui a rencontré Ginette Kolinka à la Maison des Invalides (Paris) où elle réside, écrit : « Cette femme a une particularité bien à elle, une expression de malice, presque une insolence face à la vie. (…) Par une parole franche, dépourvue de pathos, et une manière de s’adresser aux adolescents comme à des interlocuteurs à part entière, elle est progressivement devenue une figure majeure de cette mémoire vivante. »

Refusant se de prendre pour une héroïne, Ginette Kolinka, qui connut à la fois les camps de Birkenau, Bergen-Belsen et Theresienstadt (où elle contracta le typhus), explique aux collégiens qu’elle a eu de la chance.

Il fallait porter l’étoile jaune, elle la retirait souvent pour aller à la piscine ou partir marcher à la campagne avec des ami.e.s, alors qu’il était interdit aux Juifs de quitter leur lieu de domicile, très inconsciente, dit-elle, du danger, puisque les contrôles étaient fréquents : « Il y avait le tampon « Juif » sur ta carte d’identité. Si tu présentais une carte d’identité avec ce tampon et que tu ne portais pas l’étoile, tu étais bonne pour la prison. La prison, c’est la déportation… Et quand un membre de la famille est arrêté, toute sa famille est arrêtée aussi. C’est ce qui est arrivé à Simone Veil. »

A son retour des camps, Ginette Kolinka pesait 26 kilos, et dut se battre pour récupérer son appartement, où s’étaient installés des collaborateurs, puis voulut se taire.

Mais au fond, il n’était pas possible de laisser le dernier mot aux Nazis.

« A chaque fois qu’on m’interrogeait sur ce que j’avais vécu, affirme-t-elle, je répondais toujours la même chose : « Si j’avais un enfant, je préfèrerais l’étrangler de mes propres mains que de savoir qu’il pourrait subir ce que j’ai subi. » Aujourd’hui, je ne répondrais plus de cette manière car je suis consciente de la chance que j’ai eue de revenir des camps. On me parlait de qualités que je n’avais pas : « Vous avez été courageuse. Vous avez fait preuve de volonté dans ceci, dans cela… » Pas du tout ! On était anéantis. Dès votre arrivée dans les camps, on vous dénude, on vous rase, on vous tatoue. Immédiatement, vous n’êtes… plus rien. Le courage est une qualité humaine, je ne l’étais plus. »

Ginette Kolinka, N’oubliez jamais, préface d’Anne Berest, Flammarion/INA, 2026, 92 pages

https://editions.flammarion.com/noubliez-jamais/9782080440105

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