
© Bruno Boudjelal / Agence VU’
A Arles, ce matin-là, je ne voyais rien.
Peut-être la désastreuse exposition Christian Lacroix au musée Réattu – sombre ego -, située en face de l’espace où Bruno Boudjelal montr son travail, m’avait-elle transmis une énergie néfaste.
Trop d’images, une impression d’asphyxie, une déroute.
Publié par Atelier EXB, le livre Goudron, Tanger – Le Cap rétablit l’évidence : les photographies du voyage au long cours du photographe français ayant traversé l’Afrique du Nord au Sud sont d’une grande puissance, rendant compte de l’énergie et de la diversité d’un continent multiple.

© Bruno Boudjelal / Agence VU’
L’esthétique de l’artiste globe-trotteur unit un continent dans son disparate : une certaine façon d’entrer par le flou dans le tremblement de l’existence, une vision polychrome des visages, lieux et situations – comme un immense vitrail -, une impression de cinétisme permanent – comme pour ne pas peser, ne pas s’appesantir, en participant du dynamisme général et évitant le piège d’une glu photographique marquée d’exotisme.
Evoquant les pays parcourus, les textes rédigés par l’auteur sont de cette nature : pas trop peu, ni trop, un art de l’équilibre. De l’essentiel, de l’anecdote, de l’intime, mais sans excès, avec réflexion, introspection, pudeur.
Dans la version papier de Goudron, les images souvent bordées de blanc ou de pages blanches, respirent, activant leur juste palpitation.
On est sur la route avec le photographe, avec ses rencontres, ses paysages, ses énigmes.

© Bruno Boudjelal / Agence VU’
Bruno Boudjelal ne cherche pas à tout comprendre à la façon d’un universitaire, mais plutôt à restituer dans son atmosphère propre, son idiosyncrasie, chaque réalité.
Maroc, Mauritanie, Sénégal, Mali, Niger, Burkina Faso, Ghana, Togo, Bénin, Cameroun, Nigéria, Tchad, Gabon, République du Congo, République démocratique du Congo, Zambie, Botswana, Afrique du Sud.
Déserts, villes, pistes, présences mystérieuses.
Vaudou des couleurs, héraldique des images, Afrique blasonnée.
Impression de film Super 8, d’une sorte de précarité des images dans la puissance de défilé du livre.

© Bruno Boudjelal / Agence VU’
Les nuits sont intenses, propices à l’égarement, aux apparitions, à la dérive.
Les portraits des leaders de l’indépendance africaine surgissent, un continent s’est battu, se bat, pour sa dignité, l’Afrique est jeune, sensuelle, pleine de vie et d’inventivité.
Bruno Boudjelal a regardé des ciels, des mers, des routes terreuses ou de bitume, et des êtres humains, fraternellement mais toujours dans le respect de leur opacité.

Bruno Boudjelal, Goudron, Tanger – Le Cap, édition Jordan Alves et Camille Cibot, design graphique François Dézafit, relecture Florian Berrouet, fabrication François Santerre, partenariats Yseult Chehata, diffusion Ophélie Moheymani, photogravure Les Artisans du Regard, Atelier EXB, 2026
https://exb.fr/fr/le-catalogue/702-goudron-tanger-le-cap.html
https://www.instagram.com/bruno_boudjelal/

© Bruno Boudjelal / Agence VU’
https://www.rencontres-arles.com/fr/expositions/2026/bruno-boudjelal
J’ai tout de suite été séduit par une photographie de Bruno Boudjelal et ai tenu à aller voir son expo à Arles. Si je suis toujours attaché à ses images, j’ai été désarçonné par l’expo qui a cumulé les photos sans respiration, serrées et difficiles à distinguer et donc à apprécier. Un beau moment tout de même de plongée dans un bain d’ailleurs, de couleurs et de visions fortement et humainement traduites.
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J’ai tout de suite été séduit à la vue d’une photographie de Bruno Boudjelal et ai tenu à aller voir son expo à Arles. Si je suis toujours attaché à ses images, j’ai été désarçonné par l’expo qui a cumulé les photos sans respiration, serrées et difficiles à distinguer et donc à apprécier. Un beau moment tout de même de plongée dans un bain d’ailleurs, de couleurs et de visions fortement et humainement traduites d’un voyage au long cours en Afrique.
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