
©Claude Nori
« Dans mes photographies, j’ai souvent cherché des lieux qui ressemblaient aux décors naturels que des cinéastes avaient repérés ou inventés pour faire vivre leurs histoires. Ils m’ont quelquefois inspiré pour raconter les miennes. Je suis certainement à la recherche de ces endroits anonymes, propices à des scènes où les couples peuvent cacher leur amour, les vieux se pencher sur leur passé et Paola [serveuse du restaurant de plage à Fregene, filmée à la toute fin de La dolce vita, Federico Fellini, 1960] apparaître. » (Claude Nori)
Tout Claude Nori est dans le titre très bien trouvé de son dernier livre, La Dolce Vista.
C’est un mélange d’art de vivre à l’italienne et de juste regard, une façon d’accorder le flirt photographique à la douceur de l’existence.
Le monde s’effondre, nous allons vers un approfondissement de la catastrophe, nous nous préparons des lendemains qui déchanteront encore davantage, mais, malgré tout, malgré la fonte des glaces, il y a aussi celles que l’on déguste, entre amoureux, sur une plage des bords de l’Adriatique.
Colligeant des photographies en noir & blanc possédant pour certaines un grain très sensuel, à la Saul Leiter façon In my Room, La Dolce Vista est un éloge du vivre ensemble, du grand dehors, de la rencontre teintée de désir.
Présence sans apprêt des enfants qui peuplent son livre.
Spontanéité des corps chorégraphiant l’espace.
Des êtres se rapprochent, s’enlacent, s’embrassent.
L’amour existe, et les sourires, et les jeux d’innocence.

Françoise Nunez & Bernard Plossu ©Claude Nori
Accompagnés de textes de jeunesse retrouvés dans les carnets intimes du photographe, La Dolce Vista promène son visiteur du côté de Rimini, Naples, Capri, Bologne, Modène, Bari, mais aussi à Paris (café Le Sélect, Montparnasse) et Toulouse – liste non exhaustive.
Apparaissent Michel Dieuzaide (à la Villa Médicis) et Claude Nougaro (de loin, marchant de nuit, solitaire, sur le Pont Neuf), le couple éternel Françoise Nunez et Bernard Plossu (sublime double portrait datant de 1982), mais surtout Isabelle – première et quatrième de couverture, et partout ailleurs -, magnifique, moderne, femme tant aimée, épousée, femme destinale.
Aller vers la beauté, la célébrer, ne jamais s’en détourner.
Ne craindre ni la lumière, ni les ombres, vivre clandestinement en plein jour, comme tous ceux qu’aimante le désir.
Chercher les instants épiphaniques, les prolonger, par l’imaginaire, en fictions.
« Le sentiment amoureux, avec sa vivacité et ses tourments, précise Claude Nori en préface, fut le principal sujet de mes livres. La photographie m’a permis de préserver cet état de grâce, de rêver un peu ma vie, mais surtout de capter ces moments de bonheur intense ou de fortes émotions. »
Choix de la pellicule Tri-X, partenaire indispensable de la joie.
Très bien imprimé, La Dolce Vista séduit, accélère l’urgence de vivre, et nous rappelle le mystère d’être au monde.
Scènes de films jamais tournés, pleurs pour de vrai, instants de liberté.

©Claude Nori
L’élément structurant du corpus de l’artiste, pluie ou mer, est certes l’eau, mais c’est aussi l’air, celui des oiseaux que nous sommes parfois.
Céline le répétait : « L’homme est lourd. »
Nori le montre sans cesse, rappel nécessaire : l’humain peut être léger.
Acrobate des sentiments, funambule des scooters et mobylettes lancées dans la ville à pleins tubes, ou doucement, comme sur les ailes d’un ange effleurant le bitume.
La tendresse est une éthique, comme les gestes érotiques gorgés de pudeur.
Les ragazzi surveillent, les belles traversent les places ensoleillées, des regards se trouvent, puis des corps.
« Je pense que j’ai eu beaucoup de chance de trouver un petit espace créatif dans la photographie, peu abordé jusqu’alors, une démarche originale se situant entre le romantisme à la française de François Truffaut et un lyrisme typiquement italien. »
Oui, mais la chance se provoque, qui agit comme une cascade de faveurs, ainsi ce livre où la poétique de l’existence se décline en fraternités amoureuses.

Claude Nori, La Dolce Vista, textes de l’auteur, conception graphique Isabelle Nori, Editions Contrejour (Biarritz), 2026, 172 pages
https://www.editions-contrejour.com/
https://www.editions-contrejour.com/catalogue/
https://www.editions-contrejour.com/project/la-dolce-vista/

Rimini, 1983 ©Claude Nori
Exposition éponyme du 11 septembre au 31 octobre 2026
https://www.polkagalerie.com/fr/exposition-dolce-vista-de-claude-nori.htm