Le rire majeur de Carlo Emilio Gadda, par Philippe Bordas, écrivain

La casquette de Gadda © Philippe Bordas « Carlo Emilio Gadda est ce passant discret, invisible au piéton français comme aux foules italiennes abandonnées à la stupeur de l’après-Berlusconi. Né en 1893, avant le déferlement des radios, mort en 1973, avant le déchaînement numérique, Gadda a brûlé sa vie à l’élaboration d’un verbe souverain, comme s’en…

L’assassinat d’une ville, par Gustaw Herling, écrivain

La peste à Naples sur la Piazza Mercatello, Micco Spadaro, 1656 « Il est aussi raisonnable de présenter une espèce d’emprisonnement par une autre que de représenter n’importe quelle chose qui existe réellement par quelque chose qui n’existe pas. » (citation issue du troisième volume de Robinson Crusoé, de Daniel Defoe, reprise par Albert Camus dans son…

Survivre à Auschwitz, par Edith Bruck, écrivain

« On a encore le temps / tous les espoirs / ne sont pas perdus / qui a aimé / laisse toujours quelque chose. » Publié par Rivages poche, dans la collection Petite Bibliothèque dirigée par Lidia Breda, Pourquoi aurais-je survécu ? est un court volume remarquable. Il s’agit d’un ensemble, inédit en français, de poésies écrites en…

Apeiron, noyau de l’être, par Dimitra Dede, photographe

©Dimitra Dede Comment ne pas écrire des textes de feu pour Dimitra Dede, dont les livres sont si intenses, si sensibles, si engagés dans l’existence poétique ? Ce sont en quelque sorte des esquisses définitives : ne surtout pas peser, se maintenir en équilibre sur un fil, entrevoir des mystères, s’approcher de la zone du sans-retour. Née…

Avec les travestis de Catane, par Lorenzo Castore, photographe

©Lorenzo Castore Glitter Blues est un livre sur le quartier des travestis de San Berillo, à Catane. Elles s’appellent Franchina, Cioccolatina, Lulù Ramona, Brigida, Ornella, Monica the Viking, Fiorella, Rosa, Ambra et Graziella. Quatre rues, le sentiment d’un autre monde, avec ses lois, ses codes, ses interdits, sa licence. ©Lorenzo Castore En découvrant le très…

Rome, physica e metaphysica, par François Marius Granet, peintre, et Bernard Plossu, photographe

 ©Bernard Plossu Il y a actuellement, au musée Granet de la cité romaine d’Aix-en-Provence, une des plus belles expositions qui soient, presque franciscaine dans son dépouillement et sa grâce, Italia discreta. Rien de spectaculaire ou de grandiloquent, mais une intimité de conversation et d’évidence entre les œuvres d’artistes d’époques différentes, le peintre et dessinateur français…

Reverdir à Giverny, par Jean-Hughes Larché, écrivain

Violon, 1915, Picasso « Je crois que plus que tout ce sui vous a empêché de me répondre, c’est le Démon qui, à l’âge que vous venez d’atteindre vous tient encore assujetti à je ne sais quelle préoccupation ou hantise, quel asservissement à la sexualité. » (Antonin Artaud à Pablo Picasso) Bien sûr le désespoir, l’acrimonie, et…

Un nuage de brume sur le fleuve, par Michelangelo Antonioni, cinéaste

« Depuis quelque temps je m’observe. Je regarde les choses qui m’appartiennent, parmi lesquelles je vis. Mes vêtements, une table, des chaussures. Comme si j’étais déjà mort. Je me souviens. » Publié une première fois en Italie en 1999, Comincio a capire, du réalisateur ferrarais Michelangelo Antonioni est aujourd’hui repris chez Arléa sous le titre – traduction…

Sicile, avis de tempête, par Massimo Gurciullo, photographe

©Massimo Gurciullo « Le noir et blanc, c’est mon langage, depuis toujours. Quelqu’un a dit que la vie est en couleur, mais la vérité est dans le noir et blanc. » Dans notre époque si magnifiquement démocratique, ne reprendriez-vous pas un peu de sainte anarchie sicilienne avec Massimo Gurciullo, alors que paraît, sous format magazine et papier glacé,…

Peindre la vie coite, Giorgio Morandi, par Bruno Smolarz, écrivain

« Il y a dans le paysage morandien l’application et la passion de la de la matière brute que l’on trouverait dans la représentation d’un nu, sans l’engagement de l’émotion immédiate. » Dans le vacarme et l’idiotie des punchlines de l’entre-deux tours des élections présidentielles, dans le désir de mort revenu en Europe, dans la novlangue sanitaire…