
©Cristobal Hara
Il y a du Henri Cartier-Bresson chez le photographe espagnol Cristobal Hara, très perceptible dans le livre de ses commencements, publié avec majesté par Editorial RM, Starting out.
On est loin ici des images saturées de couleur qui l’ont fait connaître par la suite, l’esthétique de ces photographies inaugurales relevant du meilleur photoreportage nourri de poésie.
Nous sommes à la fin de la période de l’Espagne franquiste, Hara exerçant son art dans la rue, au contact du peuple, notamment des enfants qu’il aime observer dans leur idiosyncrasie, la façon dont ils occupent l’espace public, leurs jeux et solitudes.
On peut considérer Starting out comme un véritable récit de formation, l’artiste perfectionnant sa pratique, déjà d’une qualité exemplaire.

©Cristobal Hara
On perçoit l’enthousiasme du jeune homme pour les spectacles qui s’offrent à sa vue,
Pas besoin de chercher, tout est là, face à soi, lorsque l’on sait être présent au flux de la vie.
Des bains de boue avec les gitans, des ouvriers, des soldats.
Cristobal Hara privilégie les scènes de groupe et l’énergie de ses personnages, entre conditionnements sociaux et part d’individuation.
Spontanéité des enfants et gravité des hommes en costume militaire ; passage d’une brune incendiaire et regards émerveillés des bidasses ; portrait sévère du Caudillo et débauche d’alcool dans un commissariat.
L’artiste aime les antithèses, qui relèvent davantage chez lui de la comédie de l’existence plutôt que de la dramatisation des situations.

©Cristobal Hara
On danse, on rit, on fume ensemble.
La série sur les enfants de Cuenca est remarquable, qui montre la vitalité des gamins de la rue, leur piété inventive, la profondeur de leurs visions.
Une petite fille promène sa poule, attachée à une ficelle.
Trois garçons font les clowns.
Un frère tient par l’épaule de façon touchante son cadet.
Les plus grands traînent la nuit, un joueur de pipeau rassemble autour de lui des petits pouilleux.

©Cristobal Hara
Musique, autocar, bar.
Cristobal Hara photographie le peuple, sans morgue, sans empathie excessive, mais avec fraternité.
Une boulangerie, des gueules de bandits, des prêtres.
Des vieilles, un hidalgo, du flamenco.

©Cristobal Hara
Bagarres, chiens errants, peinture de Marilyn Monroe sur la porte d’un garage.
Tout fait carnaval, entre cérémonie des attitudes quotidiennes et burlesque involontaire.
Né en 1946, Cristobal Hara est un ami de Bernard Plossu, on comprend pourquoi.

Cristobal Hara, Starting out, préface en castillan et anglais de l’auteur, Editorial RM, 2025, 96 pages

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