Le Grand Tour sicilien, par Mathieu Oui, photographe

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©Mathieu Oui

Deuxième volume, après Escales & Scale, d’une série pensée comme une trilogie italienne, Terramata est une exploration en photographies et textes des rivages siciliens.

Mathieu Oui poursuit ainsi son Grand Tour, le premier opus étant consacré à la côte de la Péninsule – une longue route de 4000 kilomètres de roches, de végétaux et de pierre, entamée à Trieste.

Le photographe voyage en train et autobus, il prend le temps du regard, la sélection de ses images est stricte.

Si le premier ouvrage était structuré par la vision des escaliers – de jardins, de palais, de bords de mer, d’églises et divers autres édifices – dans une atmosphère très cinématographique, le second choisit la colonne comme motif récurrent.

©Mathieu Oui

On pense, pour la curiosité des formes et des espaces à Gérard Macé, mais aussi, pour l’aspect métaphysique et profondément poétique des images à Klavdij Sluban, certes sans l’effet de sfumato qui caractérise le plus souvent son esthétique.

Ici, tout est clair, et en nuances de gris, dans une matière donnant quelquefois la sensation d’un rêve éveillé, ou d’un temps plus large que les horloges.

C’est celui du mythe, de la géodésie, du monde premier persistant, malgré les ruines et les constructions modernes.

Terramata montre une île qui est un corps, d’herbes sèches et de murs effondrés, de routes sinueuses et de reliefs escarpés, l’Antiquité se rappelant sans cesse au voyageur, notamment par ses multiples colonnes, encore debout ou couchées.

©Mathieu Oui

Des temples, de l’eau, des sentiers, une paix naissant du vide relatif des paysages.

Des arbres monumentaux et des éboulis de pierres.

De l’hospitalité et des décharges.  

Des silences – après les tempêtes ?

La Sicile est syncrétique, c’est déjà l’Afrique, et la superposition des époques historiques, ce que montre finement Mathieu Oui, dont les images révèlent surtout une sorte d’évidence dans l’épure et la force des lignes graphiques.

©Mathieu Oui

La colonne est bien entendu un motif d’élévation, de spiritualité, de verticalité interne, soit la démarche même du photographe.  

Mais Terramata, ce sont aussi, comme pour Escales & Scale, une présence importante des textes écrits à la première personne impliquée, précis dans la description, donnant des informations de toutes sortes, mais témoignant aussi de rencontres importantes, sans négliger le plaisir des anecdotes.

On se souvient quelquefois du Baron perché, d’Italo Calvino, ce n’est pas mal pour un marcheur.

Les pieds, et l’horizon grand ouvert.  

©Mathieu Oui

Mathieu Oui, Escales & Scale, texte Mathieu Oui, échange de lettres avec Sophie Calle, conception graphique Mathieu Oui et Elsa Daillencourt, 2021, 94 pages – 200 exemplaires

Mathieu Oui, Terramata, texte (français/italien) Mathieu Oui, relecture version italienne Matteo Morelli, conception graphique Mathieu Oui et Elsa Daillencourt, 2025, 94 pages

https://www.mathieuoui.fr/

https://www.mathieuoui.fr/copie-de-escales-scale

©Mathieu Oui

https://www.mathieuoui.fr/terramata

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