David, nu, fronde à l’épaule, par Michel-Ange, et Erri De Luca, écrivain

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David, 1504, Michel-Ange

« Devant tout le monde, nu, sa fronde à l’épaule, / il ramasse cinq pierres. Il sait qu’une seule suffira, / mais il veut encore dissimuler sa certitude / de victoire. / Il fait semblant de s’approvisionner. »

Il faut louer les éditions Gallimard d’avoir mis tant de soin dans la publication du court et merveilleux texte en vers libres d’Erri De Luca consacré au David de Michel-Ange.

Confié au duo Wijntje van Rooijen & Pierre Perronnet, le graphisme de cet ouvrage est ainsi d’une grande beauté : couverture gaufrée argentée dorée, rabat détachable reproduisant en entier la célèbre sculpture, couture noire apparente, images de diverses natures et époques, choix d’un noble papier blanc épais et justesse d’une typographie faisant songer à des lettres de machine à écrire.  

Personne n’attendait le berger David, alors que le Philistin Goliath, un géant, ravageait l’armée d’Israël.

Chez Michel Ange, David fait plus de quatre mètres, il est glorieux et nu, ayant abandonné l’armure confiée par le roi Saül pour qui il s’était proposé de combattre.

Comme au Moyen Age, deux champions s’affrontent, mais personne ne prête attention au jeune garçon, dernier-né un peu délaissé – il est roux – d’une famille ayant déjà donné trois fils à l’armée attaquée.

Loin des siens, gardant ses troupeaux, David chante.

« Pour se tenir compagnie, il se fabrique / une harpe rudimentaire avec des cordes faites / de boyau séché. Il invente des mélodies, / y ajoute des paroles. Ainsi du moins entend-il / une voix et ne perd-il pas l’usage de la sienne. »

David compose des psaumes, loue Dieu – tel l’athée paradoxal Erri De Luca ?

Enfance d’un héros, enfance de Michel-Ange – le texte fonctionne comme un montage alterné -, dans la poussière de marbre, à Settignano, et dans l’atelier du maître Ghirlandaio.

David le gaucher s’exerce à la fronde, qui devient une partie de son corps.

« Il est devenu infaillible, une habileté qu’il / garde pour lui. La solitude lui a appris à / se taire. Il ne montre rien à personne, ne dit / à personne comment il affronte les dangers. / D’ailleurs, personne dans sa famille ne s’intéresse / à ce jeune frère. »

Calme, David – la valeur numérique de son nom, précise l’écrivain kabbaliste, coïncide avec celle de la main – vise le monstre, son projectile le pénétrant entre le casque et la cloison nasale, peut-être là où réside le troisième œil.

Michel-Ange le représente non circoncis, fidèle en cela, non à la tradition hébraïque, mais au canon chrétien détaché de ses racines juives.

Initié par la solitude, David n’est pas seul.

Aujourd’hui, sa copie place de la Seigneurie à Florence attire les foules.

Sa présence est une invitation à combattre pour la vérité.  

Erri De Luca, David, Michel-Ange, traduit de l’italien par Danièle Valin, création graphique Wijntje van Rooijen & Pierre Péronnet, Gallimard, 2026, 40 pages

https://www.gallimard.fr/

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