Un temple profane, étrange et beau, par Sergio Lovati, photographe

©Sergio Lovati

Particulièrement bien édités, les opuscules de noirceurs de Sergio Lovati construisent les parois d’un temple profane, étrange et beau.

Ces mots pourraient évoquer l’esthétique de Baudelaire, mais il s’agit plutôt ici d’entrer dans le domaine de l’ouvert rilkéen à partir de la sensation d’un monde enténébré.

Les visions métaphysiques de Sergio Lovati, qui construit son œuvre comme un vaste polyptique, sont celles d’un photographe sensible à la splendeur plastique et à l’autonomie des formes qu’il cadre.

L’artiste pense ses livres comme des variations sur un même thème, dans la reprise très inspirante des motifs dessinés au fusain de l’objectif.

©Sergio Lovati

Tout est de l’ordre d’une grotte, d’une chambre d’échos, d’une impression de palais de pierres, de végétaux et d’eaux.

Le silence règne, l’âme erre, tout vibre dans la persistance et le déploiement calme de l’éphémère.

Une vaguelette, des taches sur un mur, une fissure dans le sol, un dallage craquelé, des colonnes de béton.

Le bric-à-brac des fins de civilisation.

Sergio Lovati propose, contre les entreprises de culture qui sont des manifestations de barbarie (Walter Benjamin), de pénétrer dans un champ premier, fait de broussailles et de verres brisés, de tissus déchirés et de troncs d’arbres évidés.

©Sergio Lovati

Le cinéma a fermé ses portes, la crue a déposé sur le rivage des tombeaux de branchages, nous ne retrouvons plus les contours de notre visage.

La brume a gagné le paysage, on se heurte à des divinités de roches éboulées, on rencontre une vierge noire.

Forêt obscure dantesque.

Milieu du chemin de la vie.

Perdre ses repères pour en trouver de plus profonds, de plus justes, de plus mystérieux.

©Sergio Lovati

La nuit remue, grésille, dévore ses enfants.

On entre avec Sergio Lovati dans le domaine des finisterres de l’esprit (Kenneth White), on trouve une route entre des pylônes électriques, le ciel est une mer tempétueuse.

Un enfant peine à s’endormir, parce qu’il faut que tout continue, même dans le désert du contemporain.   

Sergio Lovati, Montagna, Deserter’s Books, 2023

Sergio Lovati, Gelo, Deserter’s Books, 2025 – 100 exemplaires numérotés

Sergio Lovati, Finisterre, Deserter’s Book, 2026 – 12 exemplaires

©Sergio Lovati

https://www.sergiolovati.com/  

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