Le point d’amour, par Nathalie Léger, écrivain

« Longtemps avant, dans l’évidence de la rencontre, nous nous étions dit : c’est toi, tel, ce que tu es, toi, toi dont chaque détail s’appelle de ton nom. Ce monde en détails. Toi. N’en revenant pas. Tel. Prononcé dans la plénitude. » Suivant l’azur, de Nathalie Léger, est un titre mallarméen. Le poète perdit son fils, Anatole,…

Atget sauve, par Baudouin de Bodinat, écrivain

Eugène Atget, par Berenice Abbott « Atget ne s’intéressait pas au pittoresque, au curieux, au charmant. Il n’était pas nostalgique. Il fut mélancolique et enragé. Il eut devant lui un jour la tâche immense de sauver ce qui fut, le monde pré-industriel ; cet Autrefois où l’homme était chez lui encore, parmi les choses, les années commensurables ;…

Vivre, entre dons et épreuves, par Charles Juliet, écrivain

« J’ai l’impression que mon adolescence n’a jamais pris fin. Au long des années, elle s’est enrichie d’un accord avec ce que je suis, d’une force calme, d’une vision sereine de la vie. Et la faim est toujours là. Insatiable. » Charles Juliet est de ces écrivains qui touchent par leur constant souci d’authenticité, en poésie ou…

Yannick Haenel en roue libre, une adresse à Sainte-Anne

« A mes yeux, la question que pose la littérature est simple : où est-on encore en vie ? (…) Je voue ma vie à chercher ce lieu, dont je pense qu’il a lieu dans la parole. Et non seulement je le cherche, mais j’en fais l’expérience. »  Inlassablement, livre après livre, phrase après phrase, Yannick Haenel ne…

Jean Giono, la vérité du conteur, conversations avec Taos Amrouche

« Ce que je fais, en présence d’amis ou en présence du personnage qui est venu passer un petit moment avec moi, j’essaie d’être aimable, de l’intéresser : son plaisir est mon plaisir, et j’essaie de lui faire plaisir en lui racontant une petite histoire que j’invente généralement sur le moment même, soit en me servant de…

Le craquement de la machine du monde, par Yannick Haenel, écrivain

Quand Yannick Haenel avait quarante ans, le 23 septembre 2007, nul ne se doutait qu’à Paris, près de huit ans plus tard, des dessinateurs seraient assassinés, dans leur bureau de travail, par des islamistes radicalisés prétextant le blasphème pour dissimuler leur misère morale et leur besoin de meurtre. Quand Yannick Haenel avait quarante, dans le…

Indochine, fantasme de mots et d’images, par FLORE, photographe

© FLORE Travail photographique réalisé dans le cadre du prix de photographie Marc Ladreit de Lacharrière en partenariat avec l’Académie des beaux-arts reçu en 2018, L’odeur de la nuit était celle du jasmin est une plongée introspective dans l’atmosphère indochinoise, telle que vécue, pensée, rêvée et écrite par Marguerite Duras lorsqu’elle était enfant, puis adolescente….

Un Bloody Mary pour Samuel Lebon, photographe, et cavalier noir

« Je suis un cœur de pierre, un assassin. J’aurais dû mourir de chagrin après les désolations que j’ai causées, mais je suis là, encore plus fort, insensible, comme si j’avais fait mon stage de fin d’étude à la morgue. » Après avoir vu et lu Satan mène le bal (Filigranes Editions, 2020), j’ai proposé à Samuel…

Le vide et les vacations farcesques,  un premier livre éblouissant de Tiphaine Le Gall (1)

« Quelques jours plus tard, il remit à son éditeur, le fameux Edgar Firmin, deux cent quatre-vingt-trois pages vierges, sans titre, en lui annonçant que son œuvre était achevée, et qu’elle ne souffrirait aucune correction, aucun ajout, aucune modification. » C’est sans contexte l’un livres des plus enthousiasmants de cette rentrée littéraire morose, très certainement l’un des…

La faux siffle sur la terre, par Patrik Ourednik, écrivain, ou le mentir vrai du «  Je me souviens »

« Je me souviens que pendant mon voyage en France en soixante-quatorze, je draguais les filles en leur disant : « Je viens de Tchécoslovaquie et j’aimerais faire l’amour avec vous. » Je me souviens que ça marchait : tout d’abord, elles m’interrogeaient sur la situation politique du pays. » Vingt-quatre chapitres, vingt-quatre années d’une vie formée, déformée, encadrée par la…

La mer ne baigne pas Naples, par Anna Maria Ortese, écrivain

« Depuis longtemps, très longtemps, je détestais de toutes mes forces, presque sans le savoir, ce qu’on appelle réalité, le mécanisme des choses qui naissent au fil du temps et que le temps vient détruire. Cette réalité était pour moi incompréhensible et hallucinante. » Depuis la lecture de Les Petites personnes (Actes Sud, 2017), livre de feu…