Eloge de la Provence, noble, grave et muette, par Jean Giono, écrivain

Hameau à Payennet près de Gardanne (1886-1890), Paul Cézanne « Je ne connais pas la Provence. Quand j’entends parler de ce pays, je me promets bien de ne jamais y mettre les pieds. D’après ce qu’on m’en dit, il est fabriqué en carton blanc, en décor collé à la colle de pâte, des ténors et des…

Annette et ses bêtes, par le messager Colin Lemoine, écrivain

©Annette Messager « Il faut glaner, cheminer, déambuler, battre le pavé et la campagne, marcher dans la grande ville ou dans la forêt mentale, aller aux puces ou chez Deyrolle ; il faut insister dans l’errance  pour subtiliser au monde un peu de poésie, autrement perdue. Il faut toujours mettre du dehors dans du dedans, accueillir de…

Un effondrement, par Elodie Perrelet, écrivain

Belle de jour, 1967, Luis Buñuel « Ici, on ne prévient personne. On enferme, on observe, on note. On éteint la lumière à vingt-deux heures comme dans les pensionnats catholiques, mais sans les prières pour faire joli. La panique se transforme en vertige. » Rire ou sombrer, d’Elodie Perrelet, est un livre d’autant plus déchirant qu’il exprime…

Le récit, la mort, la joie, par Pascal Quignard, écrivain

Villa des Mystères, Pompéi « Soudain il était à genoux. Il posa son visage dans les genoux de la vieille dame, dans le tissu de sa robe. Elle sentait bon. Elle sentait la levure. Elle sentait la poudre de riz. Elle sentait aussi la pâte levée et le chèvrefeuille. » Il n’y a pas de place pour…

L’espèce humaine, par John Jefferson Selve, écrivain

Ian Curtis « Nous ne sommes pas seulement dans les chiottes de curateurs-artistes qu’il faudrait crucifier. Nous sommes en 2027 au cœur de la capitale. » Chez John Jefferson Selve, l’espère humaine arrivée à son stade cybernétique terminal – selfie depuis les toilettes de sous-sol d’une cave où l’on danse -, est blessée à mort, droguée, encore…

Trois fois le Mexique, par J.M.G. Le Clézio, écrivain

Puente, Juan Rulfo Par sa sobriété et sa façon de célébrer un trio de personnages excellents ayant marqué l’histoire, spirituelle, littéraire et intellectuelle, d’un pays aimé maintes fois décrit dans son œuvre, Trois Mexique est certainement l’un des plus beaux livres de J.M.G. Le Clézio. La poétesse sœur Juana Inés de la Cruz (1651-1695), l’écrivain…

De l’incandescence, par Mylène Duc, écrivain

©Paul-Armand Gette « L’expérience esthétique n’attend pas le Dimanche de la vie. Elle n’est pas une récapitulation dans le concept. Elle ne cesse d’arriver. S’il fallait lui réserver un jour, ce serait plutôt le Vendredi. Le Vendredi, c’est le jour de Vénus, Veneris Dies. Il a lieu tous les jours. Plus que le Vendredi de la…

Exercices d’admiration, par Marguerite Yourcenar, écrivaine

Nicolas Poussin, Le Printemps ou le Paradis terrestre, 1660-1664 « Ainsi, les rivières accueillent des choses une image toute superficielle et perpétuellement fuyante, qui ne trouble en rien la transparence de leurs profondeurs, ni la musique de leurs lentes coulées vers la mer. » (Marguerite Yourcenar à propos de Virginia Woolf) On ne lit pas assez, les…

La part de l’ombre, par Jean-Philippe Toussaint, écrivain-photographe

©Jean-Philippe Toussaint « La photo – et l’art, sans doute – est une expérience de vie, une expérience intime dont le sens réside davantage dans sa réalisation que dans l’œuvre elle-même. » (Jean-Philippe Toussaint) Composé de trente-six textes – comme une pellicule standard peut contenir trente-six poses -, et d’une centaine de photographies, essentiellement en noir et…

De la vie des marionnettes, par Jean-Benoît Puech, écrivain

Thérèse sur une banquette, 1939, Balthus « Nous étions devenus amants, Caro et moi, au printemps, dans le petit salon au-dessus du garage à bateaux, une gloriette, devrais-je dire, avec un toit pointu, des vitraux aux motifs inspirés des fables de La Fontaine, des murs couverts de chèvrefeuille. » Jean-Benoît Puech conte, et c’est délicieux. Il anime…

Portrait d’Oscar Wilde, conteur frappé, par André Gide, écrivain

« Ceux qui n’ont approché Wilde que dans les derniers temps de sa vie, imaginent mal, d’après l’être affaibli, défait, que nous avait rendu la prison, l’être prodigieux qu’il fut d’abord. » Quand André Gide apprend la mort de son ami Oscar Wilde en décembre 1900, il séjourne à Biskra, dans le Sud algérien. N’ayant pu se…