Le vide et les vacations farcesques,  un premier livre éblouissant de Tiphaine Le Gall (1)

« Quelques jours plus tard, il remit à son éditeur, le fameux Edgar Firmin, deux cent quatre-vingt-trois pages vierges, sans titre, en lui annonçant que son œuvre était achevée, et qu’elle ne souffrirait aucune correction, aucun ajout, aucune modification. » C’est sans contexte l’un livres des plus enthousiasmants de cette rentrée littéraire morose, très certainement l’un des…

La faux siffle sur la terre, par Patrik Ourednik, écrivain, ou le mentir vrai du «  Je me souviens »

« Je me souviens que pendant mon voyage en France en soixante-quatorze, je draguais les filles en leur disant : « Je viens de Tchécoslovaquie et j’aimerais faire l’amour avec vous. » Je me souviens que ça marchait : tout d’abord, elles m’interrogeaient sur la situation politique du pays. » Vingt-quatre chapitres, vingt-quatre années d’une vie formée, déformée, encadrée par la…

La mer ne baigne pas Naples, par Anna Maria Ortese, écrivain

« Depuis longtemps, très longtemps, je détestais de toutes mes forces, presque sans le savoir, ce qu’on appelle réalité, le mécanisme des choses qui naissent au fil du temps et que le temps vient détruire. Cette réalité était pour moi incompréhensible et hallucinante. » Depuis la lecture de Les Petites personnes (Actes Sud, 2017), livre de feu…

Les damnées de la terre, et de la prostitution, par Arno Bertina, écrivain

Invité à se rendre à plusieurs reprises au Congo par l’ONG Actions de Solidarité Internationale (ASI), prenant en charge des jeunes filles des rues à Brazzaville et Pointe-Noire, l’écrivain Arno Bertina a rencontré la réalité de mineures, parfois mères, souvent réduites le soir venu à « faire la vie », c’est-à-dire à se prostituer. Deux…

Londres, métaphore de l’écriture, par Virgina Woolf

« Comme c’est beau, alors, une rue de Londres, avec ses îlots de lumière, ses longs fourrés obscurs et d’un côté peut-être quelque espace herbeux et planté d’arbres où la nuit tout naturellement se retire pour dormir et où, lorsqu’on en franchit la grille, on entend ces petits craquements, ces petits remuements des feuilles et…

Le passage des frontières, par Yvon Le Men, poète

« Nous aussi, nous aimons la vie quand nous en avons le moyens » (Mahmoud Darwich) Après Une île en terre consacré au hameau et aux rêveries de son enfance (2015), puis en 2017 Le poids d’un nuage (les paysages bretons, les lectures, la peinture), Bruno Doucey a publié en 2018 le dernier volume de la trilogie…

Un amour au présent perpétuel, par Dominique Rolin et Philippe Sollers, écrivains

Voilà l’un des plus beaux amours du siècle, entre un homme et une femme, deux écrivains, deux sensibilités traversant le temps dans la complicité prouvée par le rire, dans la concentration, l’affection et le bruit neuf, dans l’approfondissement d’une expérience intérieure vécue à deux. Refus du non-être, tout pour l’être, confirmé par la marée bleue…

Il n’y a pas de dehors, par Guka Han, écrivain

« Est-ce qu’il y a une sortie pour sortir de tout ça ? » Dans ce monde-là, Seoul s’appelle Luoes. C’est un lieu de haute solitude, dangereusement pollué, où les nuages radioactifs sont en forme de pénis. Il y règne un calme étrange, celui d’une morgue, ou d’un désert. Tout y est vide, les rues…

La vie absolue, par Victor Segalen, écrivain

J’ai beaucoup d’admiration pour Victor Segalen (1878-1919), son parcours, sa droiture, ses recherches – en Polynésie sur les traces de Gauguin, en Chine du côté des stèles et de la grande statuaire -, son ambition littéraire. Alors qu’il est reparti en Chine dans le but d’y recruter des travailleurs pour la France, il écrit à…

Flaubert se baigne, par Alexandre Postel, écrivain

« A son entrée dans Concarneau, Flaubert crève de sommeil et de faim. » On entre à Carthage, à Rome, mais entre-t-on à Concarneau ? Quand il arrive en septembre 1875 dans le port breton pour la seconde fois de sa vie, l’écrivain Gustave Flaubert est un homard fatigué. Autour de lui, la mort rôde,…