
©Mario Giacomelli
« A ce Jonathan le goéland qui sommeille en chacun de nous. » (épigraphe de Jonathan Livingston le goéland, de Richard Bach, 1970)
Photographe, Mario Giacomelli est aussi poète, mais encore peintre, voire écrivain d’images.
Son esthétique faisant songer à la calligraphie relève en effet de la pleine écriture.
Quand il photographie des oiseaux – essentiellement des corvidés, des goélands et des étourneaux -, le maître de Senigallia, ville des Marches sur la côte Adriatique où il naquit et mourut (1925-2000), observe des nuées, volatiles au comportement grégaire souvent porteurs d’une forme d’inquiétante étrangeté.

©Mario Giacomelli
Son utilisation du flou et de la double pose confère à ses images une dimension indéniablement onirique.
Dans le dix-huitième volume de la collection Des oiseaux – chez Atelier EXB -, les humains n’apparaissent que comme des silhouettes, présences éphémères, bien plus dispensables que les oiseaux qui les surmontent, colombe de Saint-Esprit, menace diffuse ou symbole d’âme.
La géométrie est chez lui transcendante, sillons dans un champ, vagues de mers, de nuages ou d’oiseaux, signes graphiques relevant de quelque mystère kabbalistique.
L’impression générale est celle d’un lien direct entre l’intériorité du regardeur et ce qu’il perçoit dans son champ de vision.

©Mario Giacomelli
« Par leur manière de peupler l’espace, par leur vol, leurs couleurs, leur chant, écrit en postface Jean-Noël Riffet, les oiseaux merveillent la vie : ce sont des émerveillants. »
Certes, mais ce peuple se manifeste aussi souvent comme une armée en bataille, ayant sa propre logique, secrète.
Il y a de l’effroi, du tumulte organisé, un semblant de pagaille, mais il y a aussi des moments de paix, un accord serein, une liberté sans emprise.
Chez Giacomelli, l’utilisation du noir et blanc témoigne d’une conception presque dualiste de l’existence, mais, attention, sans manichéisme.

©Mario Giacomelli
Forces noires, puissances blanches ; puissances noires, forces blanches.
« Lorsqu’on regarde les photographies de Mario Giacomelli, poursuit le directeur de l’Office français de la biodiversité en région Centre-Val de Loire, on perçoit immédiatement son obsession pour le noir profond et le blanc pur. Le noir c’est la terre racinaire, souvent labourée. Un alambic qui distille sa poésie. Le blanc hyper contrasté, c’est le ciel qui s’illumine lorsqu’il est traversé par le vol des oiseaux qui portent sur leurs ailes l’éclat de la beauté du monde. »
Nous voyons des ondes, des notes envolées d’une partition musicale géante, des tourbillons.
Se considérant comme un assembleur d’images, l’artiste italien compose ses scènes à la façon d’un adepte de l’abstraction lyrique en peinture.
La lyre révèle ici comme un arrière, un anté, ou un post-monde, où les oiseaux échappent à la temporalité ordinaire pour indiquer les formes du destin, entre épouvante, grâce, énigme et ataraxie.

Mario Giacomelli, Des Oiseaux, texte Jean-Noël Riffet, ouvrage dessiné par Coline Aguettaz, collection dirigée par Philippe Séclier et Nathalie Chapuis, fabrication François Santerre, coordination Camille Cibot, relecture Florian Berrouet, partenariats Yseult Chehata, diffusion Ophélie Moheymani, Atelier EXB, 2026
Une collection créée par Xavier Barral

©Mario Giacomelli
https://exb.fr/fr/collection-des-oiseaux/697-des-oiseaux-mario-giacomelli.html