Nohant, domaine des songes, par FLORE, photographe

©FLORE

Dans sa maison-domaine de Nohant, dans le Berry, George Sand a rassemblé une communauté d’artistes exceptionnelle : des peintres, des écrivains, des musiciens, des savants.

Lieu de création et d’émulation, bien plus que de mondanités, Nohant fut le théâtre d’aventures intellectuelles et sensibles exceptionnelles.

Purent s’y croiser, entre autres personnalités, Gustave Flaubert, Honoré de Balzac, Eugène Delacroix, Pauline Viardot, Jules Michelet, Ivan Tourgueniev, Alexandre Dumas fils.

George Sand y vécut également une liaison tumultueuse avec Frédéric Chopin.

Publié sur beau papier épais, Je suis dans des mondes étranges, de FLORE, est une approche somptueuse, de dimension archéopoétique, de cette République des arts ayant acquis la matière des songes.

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Des végétaux nous accueillent sous la forme d’un herbier faisant subtilement référence au temps qui se fane, au passé teinté de mélancolie, à la texture proustienne de la réalité.

Je suis dans des mondes étranges est une œuvre de musique et de silence, l’artiste y photographiant des partitions manuscrites composées par Chopin.

La passion amoureuse avec la maîtresse des lieux devint infernale, et les traces du génial amant furent effacées.

Avec raffinement, FLORE tente de donner un équivalent photographique à l’expressivité si fine du musicien.

Ses images sont en quelque sorte des nocturnes, des chants muets, la persistance discrète d’un âge d’or placé sous le beau visage presque effacé de la romancière, décédée il y a cent cinquante ans.

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On ouvre un portail, les volets sont fermés, il ne faut pas déranger les morts.

Je suis dans des mondes étranges, qui est une phrase de Chopin, est une œuvre d’intériorité peuplée de présences fantomales.

Ce sont des fleurs dans un vase activée par un léger tremblement du temps, le damier d’un dallage, des objets quiets semblant attendre leur résurrection.

Les tirages, par la pulvérulence de leur matière, donnent la sensation de fusains, comme si tout était nimbé de graphite.

L’impression est celle d’une hypnagogie, de cette lisière un peu floue s’établissant dans un état de conscience modifié entre le rêve et la réalité.          

Des arbres frémissent, entendant peut-être encore les accords sublimes du maître de musique.

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Photographiant à la fois l’intérieur et l’extérieur d’un château du XVIIIème siècle appelé simplement maison, FLORE arpente ces espaces en hôte privilégiée, consciente du caractère presque sacré de chaque chose.

Un verre, une nappe, un muret, un luminaire, un escalier, des livres, un piano.

Un bal va peut-être commencer, mais les danseurs sont invisibles.  

Alfred de Musset : « Ce n’est pas du piano que vous jouez, c’est de l’âme. »

Ainsi peuvent également être considérées les compositions de l’artiste contemporaine, comme des fragments d’âme.

Le fantastique s’exprime ici sans effroi, c’est un couple de cervidés traversant la forêt, la vue d’un toit comme dans une plaque rescapée de Nicéphore Niépce.

La table est dressée, on va bientôt déjeuner, quelqu’un fait tinter une tasse.

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Les natures mortes sont, en ces territoires de l’extrême sensibilité, des acmés de vie.

Deux mains essaient de se rejoindre : est-il possible que l’amour meure ?

 Il faut s’écrire, se dire, s’écouter, se peindre, se photographier.

Se prouver mutuellement que l’on existe.

Je suis dans des mondes étranges est un livre que traversent les mots des protagonistes, inscrits sur la page à la façon de vers libres, mais c’est aussi une œuvre accueillant des anges.

On ne va pas trop vite, quelque chose de l’affairement général s’est arrêté, on imagine des fêtes galantes, et des pleurs.  

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En conclusion de son inspirante nouvelle située en préface, Aurélie Razimbaud écrit : « L’œuvre de FLORE, par sa grâce et son lyrisme, vient incarner ce bonheur d’être ensemble, la douceur d’un temps suspendu où l’intimité et le génie trouvaient un abri commun. »

C’est bien cela Je suis dans des mondes étranges, un abri à partir duquel refonder le monde, selon la politique de l’amitié.  

FLORE, Je suis dans des mondes étranges, texte Aurélie Razimbaud, postfaces Marie Lavandier et Seweryn Kuter, lettre d’Elisabeth Braoun à FLORE, suivi éditorial Clémentine de la Féronnière et Jehan de Bujadoux, création de la séquence d’images Adrian Claret, relecture du français Mélanie Stoll, traduction du polonais Isabella Seniuta, photogravure Daniel Regard, Maison CF, 2026, 128 pages – 2000 exemplaires en français, et 400 exemplaires en polonais, tirage de tête de 30 exemplaires

https://maisoncf.fr/

https://maisoncf.fr/fr/products/je-suis-dans-des-mondes-etranges/?Title=Default+Title

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Livre publié avec le soutien du Centre des monuments nationaux et du musée Frédéric Chopin

https://muzeum.nifc.pl/pl

https://www.maison-george-sand.fr/agenda/je-suis-dans-des-mondes-etranges-de-flore

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