Manger & photographier les enfants, pour les sauver, par Julien Coquentin

Julien Coquentin écrit des livres comme on invente les plus beaux contes pour ses propres enfants. Son dernier-né chez son fidèle éditeur David Fourré (Lamaindonne), Tropiques, évoque une île, une robinsonnade, le photographe accompagnant ses images d’un long texte au statut indécidable, mi-autobiographique, mi-fictionnel, successions de nouvelles, dont le corps blessé de Mr Yu, las…

Les frissons calmes de Bruges-la-Morte, par Georges Rodenbach, écrivain

Fernand Khnopff Bruges-la-Morte, de l’écrivain symboliste belge Georges Rodenbach (1855-1898) fut l’un des livres importants de mon éveil à la littérature. Parce que la langue est superbe et qu’y passe une femme, telle la Gradiva, marchant sur la lisière entre la vie et la mort. Parce que la ville est ésotérique – pensons au Zénon…

La montagne et l’humanité homicide, par Erri De Luca, écrivain

« La loi punit ceux qui impriment de faux billets, mais elle laisse courir ceux qui écoulent des mots erronés. Moi, je protège la langue que j’utilise. » Un homme incarcéré, accusé d’avoir jeté dans le vide, lors d’une ascension en montagne, un camarade de luttes politiques ayant trahi les siens afin d’obtenir une réduction de peine….

Une histoire vagabonde de la littérature romanesque, par Philippe Le Guillou, écrivain

Essai de critique subjective sur l’art du roman à travers les siècles, écrit par un lecteur assumant totalement ses goûts parfois hétérodoxes, Le roman inépuisable, de Philippe Le Guillou, est un éloge de la littérature comme capacité d’émerveillement. Entrée particulièrement enthousiasmante dans un domaine romanesque marqué par sa liberté et sa puissance protéiforme, cet ouvrage…

Maurice Blanchot et le chant des sirènes, par Tiphaine Le Gall, écrivain (2)

  La rentrée littéraire est peu exaltante, atone, déprimante, masquée. Heureusement, il y a le premier livre de Tiphaine Le Gall, Une ombre qui marche (éditions de L’Arbre vengeur), dont j »ai écrit hier tout le bien que j’en pense. Pressentant des parentés entre cet ouvrage et Le livre à venir de Maurice Blanchot (1959), j’ai…

Le vide et les vacations farcesques,  un premier livre éblouissant de Tiphaine Le Gall (1)

« Quelques jours plus tard, il remit à son éditeur, le fameux Edgar Firmin, deux cent quatre-vingt-trois pages vierges, sans titre, en lui annonçant que son œuvre était achevée, et qu’elle ne souffrirait aucune correction, aucun ajout, aucune modification. » C’est sans contexte l’un livres des plus enthousiasmants de cette rentrée littéraire morose, très certainement l’un des…

La faux siffle sur la terre, par Patrik Ourednik, écrivain, ou le mentir vrai du «  Je me souviens »

« Je me souviens que pendant mon voyage en France en soixante-quatorze, je draguais les filles en leur disant : « Je viens de Tchécoslovaquie et j’aimerais faire l’amour avec vous. » Je me souviens que ça marchait : tout d’abord, elles m’interrogeaient sur la situation politique du pays. » Vingt-quatre chapitres, vingt-quatre années d’une vie formée, déformée, encadrée par la…

Vers l’Est, une errance amoureuse et métaphysique, par Guillaume de Sardes, photographe-écrivain

Je suis très attaché au travail artistique de Guillaume de Sardes, élégant, sensuel, informé, intelligent, présenté régulièrement dans L’Intervalle. Ne cessant d’interroger les liens entre écriture et photographie, son dernier ouvrage, Vers l’Est (Hermann Editeurs), se lit comme une errance amoureuse et métaphysique aux confins de l’Europe soviétique. Il y a dans son classicisme un…

Thomas Bernhard, le cataclysme, par Gemma Salem, écrivain

« Ah Fellini lui manque ! Marcello lui manque. Gainsbarre lui manque. Orson lui manque. Où sont passés les types comme ça ? » J’écris beaucoup, certes, mais je chronique bien moins de livres que je n’en reçois, tant nombre de textes publiés me semblent inutiles, mal écrits, naïfs, moimoiesques, pleins de bons sentiments, d’un humanisme facile, et franchement…