Le secret du Tintoret, par Jean-Paul Sartre, écrivain

Saint Georges et le Dragon, vers 1555, National Gallery, Jacopo Tintoretto « Au bord d’une lagune pourrie, sur la gauche, nous découvrons une considérable chenille aux ailes ligneuses et déchiquetées. Entre cette vermine et la fugitive, le regard établit un lien ; il suffit d’une reptation, d’un envol ou d’un saut et c’est fini : la Bête croquera…

La littérature sans fard, par Annie Ernaux, écrivain

L’île des morts, 1886, Arnold Böcklin « J’ai retrouvé une lettre de P. dans un dossier de factures datant des années quatre-vingt. Une grande feuille blanche pliée en quatre, avec des taches de sperme qui avaient durci le papier, lui donnant une contexture transparente et granuleuse. Il y avait seulement écrit, en haut, à droite, Paris,…

Duras intime, lettre à Michelle Porte, réalisatrice et amie

India Song, 1975, Marguerite Duras « Le temps a pris la forme de l’espace » (Proust, Contre Sainte-Beuve) Auteure de deux films consacrés à Marguerite Duras (1914-1996), Les Lieux de Marguerite Duras (1976) et Savannah Bay, c’est toi (1984), Michelle Porte fut pendant trente ans (1966-1996) l’une de ses grandes amies, adaptant au cinéma en 2004 pour…

Le temps retrouvé, Marguerite Duras, par Colette Fellous, écrivain

« C’est très simple, je voudrais retrouver le moment où soudain Marguerite s’est arrêtée de me parler et que tout s’est suspendu. Je resterai d’abord là, sur ces secondes, puis je partirais, sans destination précise, juste partir. Sur un morceau de soie. » Colette Fellous a bien connu Marguerite Duras, à qui elle rend hommage dans un livre…

Pierre Guyotat, le scandale, par Michel Surya, écrivain

©Catherine Hélie « Au commencement étaient les putains. » Pour qui a lu un jour Tombeau pour 500 000 soldats (1967) ou Eden, Eden, Eden (1970), il est évident que Pierre Guyotat est l’un des plus grands écrivains français des dernières décennies. Un écrivain scandaleux car habité par des visions témoignant d’une sorte d’épopée négative plongeant au cœur…

Hauteurs de Goethe, écrivain

« Rien d’étonnant à ce que nous nous complaisions tous plus ou moins dans la médiocrité car elle nous laisse en repos, nous donnant le sentiment confortable de traiter avec des semblables. » Œuvre d’une vie, les Maximes et réflexions de Goethe, écrites çà et là sur des bouts de papiers, des brouillons, des feuilles volantes, des…

En mémoire de Wilde, par André Gide, écrivain

« Je n’étais plus le capitaine de mon âme et je ne le savais pas. » (Oscar Wilde, La Ballade de la geôle de Reading) Le lien d’amitié entre André Gide (1869-1951) et Oscar Wilde (1854-1900) fut assez ambigu, à la fois admiratif et très critique. Gide appréciait chez le sulfureux irlandais au français quasi parfait l’éblouissante…

Ecrire au bruit des tarabouks, par Gustave Flaubert, écrivain, épistolier

« Si tu veux savoir l’état de nos boules, nous sommes couleur de pipe culottée. Nous engraissons, la barbe nous pousse. » Philippe Sollers a souvent recommandé de commencer la journée, non seulement par la lecture du journal (leçon de Hegel), mais par celle de quelques lettres de la correspondance de Voltaire, ou de Louis-Ferdinand Céline. Voltaire…

L’individuel et l’impersonnel, par Annie Ernaux, écrivain

Anna Thomson dans Sue perdue à Manhattan, Amos Kollek, 1997 « Quand je considère l’ensemble de ce journal, je suis frappée par le petit nombre de textes envisagés, portés, modifiés, rarement abandonnés, en quatre décennies. Il me semble que, rassemblés, ils dessinent la matrice d’une autre vie, inconnue à moi-même, sorte de toile abstraite aux lignes…

Promenades proustiennes, par François-Xavier Bouchart, photographe

 ©François-Xavier Bouchart « Un de mes autres étonnements fut de voir les « sources de la Vivonne », que je me représentais comme quelque chose d’aussi extra-terrestre que l’entrée des Enfers, et qui n’étaient qu’une espèce de lavoir carré où montaient des bulles. » (Marcel Proust) Pour arrêter l’ordre du crime, il y a la littérature, les phrases arrivant…

To built a fire, de Jack London, par Aleksi Barrière, traducteur

Ruée vers l’or du Klondike « Ne voyage jamais seul. » En découvrant la nouvelle traduction de la célèbre nouvelle de Jack London, To build a fire, j’ai compris pourquoi il me plaît de relire régulièrement ce texte. Pas seulement pour méditer sur la folie de l’homme et son péché d’hubris, sur la puissance de la nature…