Une langue estrange, par Bénédicte Cartelier, écrivaine

La Chasse au tigre, 1616, Rubens « Rue Saint-Lazare, je croise un vieil homme qui marche sur deux béquilles. Sur et non avec, prenant appui sur elles, il projette en avant d’un bond ses deux jambes et recommence ainsi tout le long. Je le vois progresser de loin. Arrivée à sa hauteur, je remarque, accrochés à…

Eloge de la Provence, noble, grave et muette, par Jean Giono, écrivain

Hameau à Payennet près de Gardanne (1886-1890), Paul Cézanne « Je ne connais pas la Provence. Quand j’entends parler de ce pays, je me promets bien de ne jamais y mettre les pieds. D’après ce qu’on m’en dit, il est fabriqué en carton blanc, en décor collé à la colle de pâte, des ténors et des…

Annette et ses bêtes, par le messager Colin Lemoine, écrivain

©Annette Messager « Il faut glaner, cheminer, déambuler, battre le pavé et la campagne, marcher dans la grande ville ou dans la forêt mentale, aller aux puces ou chez Deyrolle ; il faut insister dans l’errance  pour subtiliser au monde un peu de poésie, autrement perdue. Il faut toujours mettre du dehors dans du dedans, accueillir de…

Lettre au père, par Eduardo Halfon, écrivain

Saturne dévorant son fils, 1636, Rubens « En tournée avec l’orchestre symphonique de San Francisco, Michael Mann surprit son monde en entrant dans le cimetière français. C’était une après-midi nuageuse de mai. Le cercueil de son frère aîné était encore posé au bord de la fosse. Il s’approcha. Ouvrit son étui noir. Et sortit son alto….

Vouloir Camus, par Youness Bousenna, écrivain

Agrigente, 1954, Nicolas de Staël « Quand une fois on a eu la chance d’aimer fortement, la vie se passe à chercher de nouveau cette ardeur et cette lumière. » (Retour à Tipasa, in L’Eté, 1954) Albert Camus, L’éternité est ici est un essai passionnant de Youness Bousenna, auteur du remarqué Les présences imparfaites (Rivages, 2024, prix…

Des arbres victimes de la bombe, par Véronique Brindeau, écrivaine

« Le camphrier irradié veille sur les enfants qui ne savent rien du bombardement atomique. » – un panonceau près d’un arbre de Nagasaki.    Les arbres de Nagasaki, de l’enseignante d’histoire de la musique japonaise, écrivaine et traductrice Véronique Brindeau, est un très bel ouvrage sur les arbres rescapés de la catastrophe du 9 août 1945,…

Entendre des voix, par Virginia Woolf, écrivaine

Nature morte avec un crâne, un livre, et des roses, vers 1630, Jan Davidsz de Heem « On aurait dit que tous les corps lourds et vulgaires avaient sombré dans la chaleur, sans mouvement, recroquevillés sur le sol, mais que leurs voix continuaient à osciller au-dessus d’eux, comme si elles avaient été des flammes dansant au-dessus…

Un effondrement, par Elodie Perrelet, écrivain

Belle de jour, 1967, Luis Buñuel « Ici, on ne prévient personne. On enferme, on observe, on note. On éteint la lumière à vingt-deux heures comme dans les pensionnats catholiques, mais sans les prières pour faire joli. La panique se transforme en vertige. » Rire ou sombrer, d’Elodie Perrelet, est un livre d’autant plus déchirant qu’il exprime…

Haut-Jorat, célébration de la Présence, par Gustave Roud, écrivain

©Gustave Roud « Denezy : un moissonneur nu dort sur le banc du jardin, la tête contre le dur gonflement d’un bras de bronze, sa main frôle une touffe de phlox couleur de ciel. Personne, sinon un passant vague, pour faire sa joie de la douceur déchirante de cet accord bleu et doré, de cette communion silencieuse…

En Estrémadure, par Laszlo Krasznahorkai, écrivain

Las Hurdes, Terre sans pain, 1932, Luis Bunuel « la langue n’est plus qu’un paquet de linge sale, voilà ce qu’il pensait, et c’était cette pensée qui l’avait détruit. » Le dernier loup, de Lazlo Krasznahorkai, prix Nobel de littérature 2025, est un récit magistral. Un écrivain hongrois dépressif vivant à Berlin, à peu près oublié de…