
©Michel Castermans
« Le Temps qui n’est peut-être pas de la durée nous écorche. Partir marcher dans la montagne, sous le soleil, sous les pluies. Contempler le désert au-dessus des nuages. » (Joël Vernet)
Le premier livre du neurologue et photographe Michel Castermans est une grande réussite.
Il ne se monte pas du col, il est direct, sensible, faisant preuve d’un art de la juste distance.

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C’est un voyage au Pays dogon au noir et blanc argentique, réalisé avec un Minolta Hi matic vintage.
Publié par Le temps qu’il fait, La montagne dans le dos est une approche ethnopoétique d’un territoire ancré dans le mystère, de sa géographie spéciale et de ses rites à déchiffrer.
En préface, Bernard Plossu pointe la similitude entre les danses des indiens Hopis de l’Arizona et celles des Dogons du Mali.
Michel Castermans possède un regard qui est celui du passant-voyant, observant tout, sans pour autant peser.

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Rien de dérobée, mais de la pudeur.
Des enfants, des portes en bois ouvragées, des fétiches, de la poussière, et des falaises habitées.
Le génial Antonin Artaud est cité en exergue : « Les Tarahumaras… viennent quelquefois dans les villes, voir, disent-ils, comment sont les hommes qui se sont trompés. »
On peut penser à la passion de l’écrivain et photographe Gérard Macé pour l’Ethiopie, en ces espaces où le présent donne l’impression de rencontrer l’éternité et les dieux.

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Les pieds frappent le sol, on pourrait s’envoler, la transe commence.
Des animaux et des hommes assis, de la paille.
Il faudrait être Marcel Griaule pour décoder les nombreux signes organisant le quotidien du peuple dogon.
En attendant, le soleil frappe, les tambours résonnent, ça cogne dans le crâne.

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Accompagnant le livre par un long texte au propos parfois quasi autonome, Joël Vernet écrit : « Le bruit. Le contraire de tout ce qui circule ici, sous vos yeux. Les voix. Stupéfaction. Moins on a à dire, plus on parle haut et, le surprenant, est que cela paraisse naturel. Cela a été l’étonnement de toute ma vie : l’absence de scrupules, de pudeur. Cette manière tonitruante de vouloir pénétrer en force dans le champ de vie des autres. »
Ici, le silence règne ; il n’y a aucune grandiloquence.
Des cases, des foules de petits orteils, l’immédiateté de la vie inentamée.
Une chèvre bicolore, trois jattes posées sur le sable comme des divinités, un pneu qu’un enfant pousse.
Géométrie structurante, transcendante, chemins d’énigmes.

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Il faudrait montrer ce livre à Guy Hersant, dont le corpus africain est désormais trop peu connu.
Bernard Plossu de conclure en commençant : « Michel, « le photographe amateur », est saisi, possédé, et voici les images qu’il nous fait partager au milieu du bruit et des odeurs, simples, sans effets, mais tellement cosmiques ! Il a su être là sans chercher à rien prouver, juste l’humilité d’un regard discret : la vraie photographie. »

Michel Castermans & Joël Vernet, La montagne dans le dos, Impressions du Pays dogon, préface Bernard Plossu, Le temps qu’il fait, 2005

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