
©Bernard Cantié
Depuis Pruno, son village natal situé en Haute-Corse, Bernard Cantié n’a cessé de découvrir et marcher son île – comme l’anthropologue David Le Breton pense avec Bernard Plossu que l’on peut Marcher la photographie.
Bénéficiant du talent de designer de livre de Geoffrey Saint-Martin, son ouvrage, Kyrnos Karma, est superbe de noirceurs et de secrets.
Rendant compte d’années de regard sur un territoire l’inspirant au suprême, ce livre n’est en rien pittoresque, mais relève d’une sorte de cérémonie intime avec les ombres et les lumières d’un pays préservant ses mystères.

©Bernard Cantié
Présenter une image très noire de taille relativement modeste sur la page de droite, bordée d’un océan de blanc, tel est le choix graphique de l’auteur permettant à chaque photographie de respirer dans l’énigme de son apparition.
La découpe des montagnes, des chemins, des silhouettes.
Un village au loin, un pied nu, une chaîne.
Le visage d’un défunt dans un médaillon cloué sur une tombe.
Il s’agit ici d’honorer les siens, de célébrer un pays, de se tenir du côté d’une ruralité rude et presque magique.

©Bernard Cantié
Dialogue des animaux, indocilité, cœurs sauvages.
Contact des mains sur la terre, la pierre, l’eau, le bois d’un café de village, la peau d’un enfant à guider.
Les anciens sont là, regardés avec un immense respect.
Arêtes tranchantes des murs, ciels et mers tempétueux, visage solennel des femmes.
Kyrnos Karma exprime le fatum de la Corse, sa singularité destinale.

©Bernard Cantié
Assemblées de villages, chiens en liberté, soirs de ténèbres, matins résurrectionnels.
On meurt, on est veillé, l’île est un tombeau voguant sur les flots méditerranéens.
Une île phénicienne, grecque, de provenance lointaine.
On s’étreint, on s’isole, on se cherche à tâtons dans l’obscurité.
Les femmes qui passent sont des pythies, des nymphes, des messagères.
Impression d’un temps qui ne passe pas, d’une irréductibilité très belle, d’une incommunicabilité fondamentale partagée.
Krysnos Karma est le livre d’un promeneur solitaire célébrant un pays de silence et d’indomptabilité.

©Bernard Cantié
Sur papier bleu, ponctuant les images, le don de parole revient à Marie Ferranti dans une nouvelle de tonalité réaliste donnée en corse et en français, Les trois cousines.
Il y est question des liens familiaux, de la communauté des femmes, des traditions insulaires, de musique et de photographie, de deuil, de mémoire et de mélancolie.
Un couteau repose sur le lichen d’une pierre, sa lame brille, le soleil est voilé, la route tortueuse, les hommes sont graves.
Quelque chose se prépare.

Bernard Cantié, Kyrnos Karma, nouvelle de Marie Ferranti traduite par Marylène Santucci en langue corse, relecture Catherine Guichardon, éditions Camille Gallet et Gilles Cargueray, design Geoffrey Saint-Martin, tirages Diamantino Quintas, photogravure Christophe Boënnec, impression Escourbiac, Editions Odyssée, 2025

©Bernard Cantié
Bernard Cantié est représenté par Galerie Polka
https://www.polkagalerie.com/fr/bernard-cantie-biographie.htm

©Bernard Cantié
https://www.polkagalerie.com/fr/exposition-kyrnos-karma-de-bernard-cantie.htm