
©Bernard Plossu
« Je vis sur une île boisée dans le Sud. Les loups se sont retirés à l’intérieur, aux pieds des promontoires où suintent des sources gardées par le maquis rouge et noir. En été, ils fuient le bord de mer, les loups. Ils sont la pensée de l’île, une pensée qui se transmet sur leurs traces. » (J.C. Silbermann)
Quel plaisir de retrouver, par le biais de François Carrassan et Bernard Plossu dans l’ouvrage L’Entretien de Port-Cros, l’artiste surréaliste Jean-Claude Silbermann, qu’avait notamment montré Françoise Daniel en 2007 au musée des Beaux-arts de Brest dans l’exposition Le pointillé clandestin.
Nous sommes maintenant chez lui, à Port-Cros, à la Villa Rose, photographiée par son ami et voisin de La Ciotat ex-surbanaliste.
François Carrassan s’est entretenu le 23 septembre 2025 avec cet artmaker (Alain Jouffroy) incarnant encore suprêmement la morale surréaliste du lâchez-tout : révolte, libération de l’inconscient, révolution par l’amour neuf, logique des hasards objectifs.
« le nerf profond du srrlsm, écrit Silbermann dans un texte faisant songer à Annie Le Brun, est la révolte. La récupération officielle des allures qu’elle s’est donnée jusqu’à aujourd’hui ne l’empêchera en rien de jaillir des générations futures : on ne se doute pas combien, pour certains, il est humiliant et fastidieux de n’être encore qu’un enfant. »

Jean-Claude Silbermann ©Bernard Plossu
Rappelant par son titre les Entretiens de Port-Cros initiés par Claire Paulhan – son grand-père Jean découvrit l’île en 1925 et y invita nombre de personnalités du monde intellectuel et artistique -, le livre que publient aujourd’hui Les Cahiers de l’Egaré est un éloge de la fécondité des espaces intérieurs au contact du grand-dehors à peu près inentamé où vit une partie de l’année le complice d’Aube Elléouët, fille d’André Breton.
Né à la poésie par la lecture d’Apollinaire à dix-huit ans, Jean-Claude Silbermann explique à François Carrassan ne pas être particulièrement inspiré par l’île, beauté naturelle et beauté artistique étant pour lui incompossibles.
Dans une réflexion sur l’artificialité d’une île devenue en 1963 Parc National, l’ancien maire-adjoint à la culture de la ville d’Hyères de mars 1995 à mars 2006 se demande si la nature en ces lieux est encore naturelle, et si la mise en scène d’un territoire paradisiaque n’a pas éteint sa belle sauvagerie.
Dans un texte superbe reproduit à la toute fin de l’ouvrage qu’enrichissent et illuminent les photographies de Bernard Plossu, Modeste contribution à la connaissance d’une île, daté d’août 2012, Jean-Claude Silbermann écrit : « Il y a des solidarités réelles, immédiates et intangibles dans le désastre. Et il y a même parfois des repas partagés dans le bonheur d’être là tous ensemble. Mais pour la vie courante, chacun est une île dans l’Île. »
On relit et revoit l’ensemble du volume, on se sent en bonne compagnie.

François Carrassan / Bernard Plossu, Jean-Claude Silbermann, L’Entretien de Port-Cros, Les Cahiers de l’Egaré, 2026, 102 pages
https://lescahiersdelegare.fr/

©Bernard Plossu