
©Martin Bogren
Martin Bogren pratique la photographie comme on cherche à travers le visible des chemins de résurrection intime.
La société nous englue, nous perdons peu à peu nos forces vitales, mais il suffit d’un détour, d’une route inattendue, d’une contre-allée pour, enfin, reprendre vie.
Au Japon, lieu de sa découverte de la photographie, l’artiste suédois a cherché le calme, s’échappant de la bouillonnante Tokyo pour la campagne, la ruralité, la côte, l’errance favorable.

©Martin Bogren
« L’après-midi, écrit-il en postface de son livre publié par les éditions Lamaindonne, j’arrive dans une petite ville où le soleil est pâle, un lieu usé, un peu sale, mais d’une beauté singulière. Je m’attarde près de la gare et photographie les gens : certains à la volée, d’autres en leur demandant. Je marche jusqu’à la plage, me baigne, mange un ramen, vais aux bains publics et trouve une auberge. J’y entends parler d’un sentier qui traverse la péninsule. D’un chemin de pèlerinage que, depuis plus de mille ans, les vagabonds, les chercheurs et les égarés ont tracé. De la nature, d’une longue marche à travers la montagne, de temples et de sanctuaires, d’ours et de la magie qui habite ces lieux. Le Kumana Kodo… Est-ce pour cela que je suis venu ici ? »
Se présentant sous couverture cartonnée protégeant une reliure suisse, et de beaux papiers de textures différentes, Kodo est un livre de grande sensualité, parce que la matière est la porte d’entrée d’une réalité plus profonde, plus mystérieuse, plus éblouissante, que le matérialisme.
Il y a dans les images de Martin Bogren une spiritualité permanente, comme une prière en mouvement.

©Martin Bogren
Une vierge nous guide, en Europe comme en Asie, elle est l’incarnation de l’éternel féminin qui toujours sourit aux âmes nobles.
Les pages blanches offrent une large respiration aux visions du photographe, elles sont le commencement et la fin de toutes choses : extase, épiphanie ou illumination.
Un rocher nous attend, puis un enfant, puis un nuage surmontant un téton de terre.
Le grain des images, provenant parfois de la pellicule Super 8, est perceptible, c’est une pluie d’atomes sans maléfice, la grâce du temps en sa pulvérulence.

©Martin Bogren
Kodo est comme un rêve éveillé, colligeant un ensemble de visions nimbées de brumes, au bord de l’effacement.
Cette précarité des apparitions est superbe, renforçant l’effet de leur présence.
Visage en très gros plan d’un nouveau-né, silhouette féminine, homme penché sur des dalles recouvrant un sol dans une attitude faisant penser à quelque geste initiatique secret.
Les photographies de Martin Bogren possèdent une peau parsemée d’éphélides, elles semblent vivantes.

©Martin Bogren
La pudeur règne, rien n’est appuyé, l’humanité est regardée avec la plus grande tendresse, comme déjà morte, ou survivante.
Attention extrême envers chaque chose, chaque être, chaque situation, abordés dans leur dimension sacrée.
Il y a parfois de la couleur, des arbres d’or, un moment de satori.
Tout est calme et concorde, la nature est souveraine, Kodo est un royaume princier.

©Martin Bogren
Passage d’une biche, montée d’une fougère, cascades de lumières.
Le paradis existe, Martin Bogren vous le montre : c’est un monde sans menace, un monde de jeux et de libres gestes, un monde d’unité entre les êtres vivants.
Bien entendu, il s’agit d’un état intérieur.
A chacun de le trouver.

Martin Bogren, Kodo, texte Martin Bogren éditing et graphisme David Fourré et Martin Bogren, correcion et révision des textes Matilda Holloway, relecture Anne-Soazig Brochoire, calligraphie Mariko Shiraha (MARIS), additionnal image editing Nikko Knosch, scan des Super 8 François Leblond at Moon Prints, photogravure Chloé Geneste et Guillaume Geneste, Lamaindonne, 2026, 144 pages
https://www.lamaindonne.fr/auteurs/martin-bogren/

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