Une sensation de Castille, par Bernard Cornu, photographe

©Bernard Cornu

« Castille n’est que voie de passage et pays de truchement. (…) Vaste est la Castille. Dévastée. » (Albert Bensoussan)

A l’occasion d’une donation par le photographe Bernard Cornu de près de six cents tirages argentiques à la ville portugaise d’Idanha-a-Nova (sur le Portugal, Lisbonne, Madère et la vieille Castille) paraît le premier des quatre volumes prévus pour rendre compte de ce corpus important.

Vaste est la Castille est une médiation d’ordre métaphysique sur les paysages de cette région historique d’Espagne, qui semble pour l’artiste vivant à Rennes bien plus qu’un lieu cartographiable mais un royaume peuplé de fantômes et de présences évanouies.

Bernard Cornu photographie, dans un noir et blanc teintant chaque image de mélancolie, un espace silencieux, souvent vide, ou peuplé de bêtes (des caprins et des bovins) et d’arbres isolés dans des champs et landes immenses.

©Bernard Cornu

Il a plu, les ciels sont gris, le promeneur est solitaire.

Il y a du tremblement dans l’air, la route est floue, mais les visions précises.

Sans qu’il l’ait peut-être souhaité, les images de l’auteur sensible aux espaces naturels datant pour la plupart des années 1990 ont pris aujourd’hui une dimension historique, voire ethnographique.

Ce sont des rencontres de nuages, de lignes géologiques et d’espaces façonnés par l’humain.  

Les marques anthropiques directes sont cependant discrètes : une habitation dans le lointain, des poteaux électriques, la rambarde d’une route.

©Bernard Cornu

Les arbres observés donnent l’impression de dialoguer, chacun possédant sa propre personnalité, dans une sorte de savane espagnole, caillouteuse et parfois fleurie.

Végétation sèche, minéralité, âpreté des conditions d’existence.

On pourrait être dans le Minnesota ou en Oklahoma, mais c’est le cœur de l’Espagne, nourricier et dur à la peine, labouré et déserté.

Passent un berger et un enfant parmi les ruines de quelques édifices effondrés.

©Bernard Cornu

Bernard Cornu remarque une chapelle détruite, s’approche du mur d’enceinte d’un cimetière, traverse des rails.

En ce western castillan, Dieu n’est pas mort, il a simplement muté dans l’incommunicabilité et le mystère d’une absence.

En retrait, mais au fond omniprésent.

Dans son texte superbe, l’écrivain, poète et traducteur pour Gallimard de l’œuvre de Vargas Llosa, Albert Bensoussan écrit : « La Castille est tannée et sèche, comme la voyait Salvador Espriu [poète, dramaturge et romancier espagnol, né en 1913 et décédé en 1985], mais où sont les oiseaux ? »      

Bernard Cornu, Vaste est la Castille, textes (portugais, français, espagnol, anglais) Elza Gonçalves, Bernard Cornu, Albert Bensoussan, et Miguel de Cervantes traduit par l’auteur, éditeur Paulo Longo, édition Caleidoscopio (Lisbonne), 2026, 170 pages

©Bernard Cornu

https://bernardcornu.fr/lsdbc/index.php/le-photographe/

https://caleidoscopio.pt/

https://caleidoscopio.pt/products/vasta-e-castela-vaste-est-la-castille-ancha-es-castilla-vast-is-castile?_pos=1&_sid=995aaff4f&_ss=r

©Bernard Cornu

Livre bénéficiant de l’aide de la municipalité d’Idanha-a-Nova (maire Elza Gonçalves) et du Centro Cultural Raiano

https://www.cm-idanhanova.pt/areas/cultura/centro-cultural-raiano.aspx

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