L’offrande des cheveux, par Takashi Sugimoto, photographe

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©Takashi Sugimoto

Magnifiquement imprimé, Spititus, de Takashi Sugimoto, se lit comme on découvre un conte étrange et beau.

Nous sommes dans une région rurale reculée du sud de l’Inde, où Saraswati vénère la divinité hindoue Balaji.

« Comme beaucoup de femmes de son village, précise le photographe, elle peigne quotidiennement les longs cheveux noirs de ses jeunes filles. Les cheveux en excès prennent de la valeur lorsque les Narikurava, une tribu de chasseurs d’oiseaux marginalisés, visitent les villages pour collecter des cheveux en échange d’articles ménagers. »

« L’or noir, poursuit-il, ce sont des cheveux humains. Un jour, Sarawasti décide d’offrir ses précieux longs cheveux à la divinité Balaji dans un temple pour exaucer un vœu. Une fois de plus, quelqu’un quelque part dans le monde profite de son acte spirituel. »

©Takashi Sugimoto

Nous ouvrons donc un livre aux propos et images rares, et sommes mis en contact avec ce geste de faveur.

Couturé de rouge, Spititus est un ouvrage peuplé d’images de couleur ivoire – réalisées entre 2017 et 2023.

Toutes les pages ne sont pas imprimées, le principe général étant celui de la libre respiration, et de la levée de conscience.

Les photographies de format carré en noir et blanc donnent la sensation d’être voilées, comme si nous assistions à des scènes de rêve.

©Takashi Sugimoto

De l’eau, des enfants, des végétaux, des colliers de fleurs.

Présence massive des femmes en sari.

De l’encens brûle, un visage prie, un banian pousse, racines montant au ciel comme des flammes torturées.

Des inscriptions.

La douceur d’une mère faisant des nattes à sa fille.

©Takashi Sugimoto

Des hommes maintenant, un père et son petit garçon, un commerçant ambulant en moto, un homme marchant solitairement, téléphone portable collé à l’oreille.

On prépare des colliers.

Tout est d’une grande sérénité, on ne comprend pas tout, c’est très bien comme cela.

On ressent la concorde, une unité créée par une spiritualité partagée.

De la brume, une vache, un monde de dévotions.

Publié en format vertical façon carnet, avec une très élégante reliure à la suisse, Spiritus touche par sa grâce, sa façon de ne pas peser, de faire comprendre qu’une réalité plus profonde double celle que nous voyons d’abord.

Une femme offre ses cheveux à une divinité, et, à plusieurs milliers de kilomètres de là, son sacrifice nous sauve peut-être.      

Takashi Sugimoto, Spiritus, poème de William Blake, production Tiago Casanova, assistants de production Beatriz Martins, Ysaline Parrini, Emilie Tizien, Antonis Pappos et Miranda Verstraete, consultant Nuno Moreira, XYZ Books, 2025 – 300 exemplaires

https://www.takashisugimoto.net/

https://www.artbooks.xyz/shop/p/spiritus

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