Ile de la Réunion, cosa mentale, par Maxime Brygo, photographe

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©Maxime Brygo

« L’air y est très sain, et quoi qu’il y doive être très chaud, il y est tempéré par des vents frais qui viennent, le jour, de la mer, et la nuit, de la montagne. Ce serait avec juste raison que l’on pourrait appeler cette île un paradis terrestre. » (A. Lougnon, Sous le signe de la tortue. Voyages anciens à l’île Bourbon, 1611-1725)

Nourri de recherches livresques importantes, de documents d’archive, d’explorations géophysiques personnelles et de rencontres avec les habitants, Pays brûlé, de Maxime Brygo, est un ouvrage consacré au mythe de La Réunion.

Publié en majesté par The Eriskay Connection – la qualité des papiers est à remarquer -, ce bel ouvrage aux photographies imprimées pleines pages nous fait accéder avec beaucoup d’intelligence sensible et de finesse documentaire à un territoire somme toute très méconnu.

©Maxime Brygo

L’histoire coloniale est évoquée, l’artiste concentrant son regard sur des lieux et populations en marge des représentations dominantes.

On est ici dans les espaces occupés par les esclaves marrons – échappés -, entre coulées de laves, végétation dense et à-pics montagneux vertigineux.

Baptisée en 1640 île Bourbon, en l’honneur du roi de France Louis XIII, l’île de la Réunion n’est appelée ainsi, est-il précisé sur le rabat de la couverture, que depuis 1848.   

©Maxime Brygo

Les images sont en noir & blanc et couleurs, les pages sont parfois bleues, les textes imprimés en trois langues (créole réunionnais, français, anglais) n’étant jamais assommants.

C’est d’abord l’immensité qui frappe le regard, la désorientation induite par la nature souveraine et fertile, une sorte d’Eden occupé d’abord, semble-t-il, par des mutins.

Maxime Brygo montre un pays de cascades, de roches et de couverts végétaux luxuriants, de grottes et de marginaux, de totems étranges et de nuits fantastiques.

©Maxime Brygo

Il est écrit : « Le territoire cache un autre territoire. Il n’y a rien, et pourtant il y a quelque chose, quelque chose de très puissant. »

La Réunion est à la fois elle-même et autre, elle possède ses secrets, ses sentes peu visibles, ses caches.

Des chiens errants, des dormeurs et dormeuses, des demi-dieux.

©Maxime Brygo

L’île s’invente, se réinvente, se métamorphose – l’enquête se transforme en fiction.

Tout devient signe d’un monde second, plus profond, plus inattendu, plus fou.

La Réunion est une cavité, une utopie, un sol lunaire caillouteux, un futur, un roman, une cosa mentale.

Pays brûlé s’avance dans un espace libre, celui du marronnage, de la dissidence, de l’insoumission.

©Maxime Brygo

« Et si partir marron, c’est se rendre invisible, le territoire des hauts de l’île, affirme en conclusion le photographe-marcheur, est partout hanté de présences, de spectres. »

Voilà pourquoi son livre donne l’impression de relever d’une sorte de cérémonie secrète, d’un vaudou très personnel, d’un dialogue avec les puissances actives de la mort.

Maxime Brygo, Pays brûlé, textes (en créole réunionnais, français, anglais) Maxime Brygo, conception graphique Carrel Fransen, photogravure Studio Marc Gijzen, éditions Maxime Brygo & The Eriskay Connection, 2026, 152 pages – 850 exemplaires

©Maxime Brygo

https://www.eriskayconnection.com/

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