Foi française, jusqu’au carnavalesque, par Romain Ruiz, photographe

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©Romain Ruiz

« Je poursuis ma course pour saisir le Christ. » (Ph3, 12)

Publié par la jeune maison d’édition Febbr, La fille aînée, de Romain Ruiz, est un livre formidable sur la piété catholique française teintée de pratiques païennes ataviques.

En Bretagne, des prêtres bénissent des bateaux, des chevaux, des outils.

Partout en France, la foi se réinvente afin de ne pas se perdre, à Liévin, Bessan, Saint-Germain-en-Laye, Bailleul, Malestroit (Sainte Yvonne, priez pour nous), Perpignan, Valenciennes, Trappes…

©Romain Ruiz

Sur son site, l’éditrice Olivia Hespel-Obregon donne la parole au photographe-enquêteur : « L’expression Fille aînée de l’Église est le sceau d’une alliance scellée à l’aube de l’histoire de France, lors du baptême de Clovis à Reims. Ce titre, qui désignait autrefois le lien privilégié entre la monarchie française et la papauté, évoque encore aujourd’hui une identité façonnée par des siècles de catholicisme. Dans une société moderne, individualiste et sécularisée, la France entretient avec le ciel un dialogue complexe, tandis que le catholicisme contemporain fait preuve d’une fascinante capacité d’adaptation et de réinvention.

Sur les routes de France, Romain Ruiz suit le rythme d’une foi qui, pour ne pas s’éteindre, a choisi de se transformer. Des Pardons bretons aux Ostensions limousines, du Pardon des camping-caristes à celui des motards, de la Procession de la Sanch à la Messe des carnavaleux ou à la Bénédiction de l’âne de Bessan, il révèle une religiosité populaire aux formes multiples, où traditions séculaires, folklore et pratiques contemporaines se rencontrent. »

Sorte de récit imagé d’ethnologie sauvage, La fille aînée est un ouvrage polychrome, dont les couleurs symbolisent dynamisme, ferveur, joie – une manière de vitrail contemporain aux dimensions de l’Hexagone.

©Romain Ruiz

On ne s’enferme pas, tout se déroule dehors, les feuilles elles-mêmes du livre aux pages non massicotées sur la tranche latérale droite bouffent, laissant passer quelque chose comme le souffle du Saint-Esprit.

Des enfants de chœur lèvent l’ostensoir, il fait un temps splendide, le prêtre porte une chasuble rouge brodée de fleurs rose pâle et or.

Un artefact d’âne les surmonte, faisant naître le sourire.

Romain Ruiz n’est pas ironique, son humour est fin, ténu, respectueux – parce que nous, les humains, sommes souvent comiques involontairement.

©Romain Ruiz

Le peuple catholique est bien étrange, sous parapluie ou en casque de motard, formant communauté.

Pas de page blanche, mais des images montées cut, comme un défilé de personnages quelque peu surréaliste occupant tout l’espace, une procession infinie jamais très loin, sous la gravité des visages, d’un esprit carnavalesque – on pense à la messe d’enterrement burlesque du film de Bruno Dumont, Petit Quintin.

Bouche ouverte, ostie, croix de fleurs.

Coiffes bretonnes, Vierge Marie, lampe frontale de mineur.

Châsse déposée, giboulées, kart.

©Romain Ruiz

Des surfeurs attendent la bénédiction, des étendards sont levés, ô Lord sauve-nous, le peuple limousin te remercie.

La Fille aînée peut-il susciter la foi ? Oui, peut-être, pourquoi pas.

Dieu n’est pas que tragique, il peut être drôle quand on le fait danser à bout de bras.

Romain Ruiz, La fille aînée, texte (français-anglais) Romain Ruiz, design graphique Olivia Hespel-Obregon, relecture Natasha Guy, couverture en impression risographique Quintal Atelier, éditions Febbr, 2026 – 100 exemplaires

©Romain Ruiz

https://www.febbrpress.com/

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https://www.romainruiz.com/romainruiz

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