
©Valentin Valette
On parle beaucoup du détroit d’Ormuz, que se partagent essentiellement l’Iran et les Emirats arabes unis, mais le sultanat d’Oman tout proche, vaste territoire, reste méconnu.
Livre d’ampleur pour un projet qui ne l’est pas moins, Ashes of the Arabians’s pearl, de Valentin Valette, est un ouvrage somptueux à propos de ce pays abordé avec un infini respect, et beaucoup de silence intérieur.
Publié avec soin par Basalte éditions – couverture rigide parsemée de grains d’or embossés, reliure suisse, quatre papiers de textures et grammages différents -, ce volume à contempler comme à étudier collige images contemporaines, documents d’archive et témoignages.

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Valentin Valette, précise l’éditeur, « explore la transition du pays après le règne du Sultan Qaboos bin Said, entre modernisation, épuisement des ressources pétrolières et mutations sociales. Le projet met également en lumière la place essentielle des travailleurs étrangers dans le développement du pays, tout en questionnant les rapports sociaux, la mémoire et les traces d’un passé en transformation. »
La chromie est remarquable, sableuse et d’une grande douceur, presque bleutée.
Il y a de l’idéation ici, des ciels qui imposent leur présence sereine, et quelque chose d’une dilution de l’ego dans les étendues désertiques, certes soumises au processus d’anthropisation.

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Ashes of the Arabian’s pearl est un livre structuré par le vide, l’absence, une présence humaine, ravageuse comme partout, mais plutôt ténue.
Aux abords de la capitale, Mascate, les constructions prolifèrent.
On édifie, on salit, on pense modernité, mais l’unité entre les humains et leur environnement immédiat, reste, dans les images de Valentin Valette, particulièrement perceptible, et apaisante.

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Les portraits sont remarquables, chacun étant regardé dans son idiosyncrasie, sa singularité, la puissance d’une foi structurant l’esprit comme les jours.
Oasis et prières ; grands ensembles en édification, artificialisation des sols, engins de chantiers ; patron local roulant en mustang et travailleurs immigrés venus pour une grande part de l’Inde.
Des caisses gisent, un pipeline serpente, la terre est alvéolée par les chenilles des bulldozers.
On travaille pour le rêve, on s’apprête à partir sur un tapis volant, un terrain de football a été imaginé au milieu de nulle part.
Règnent sur le livre de Valentin Valette le souffle d’une spiritualité très belle, une profondeur de temps en chaque visage qui touche, une solennité qui sauve.

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On se promène dans Ashes of the Arabian’s pearl comme on rencontre le tout-autre, au-delà de la désolation envisageable quand le capitalisme outrancier s’empare des territoires.
Il reste, malgré les destructions et changements documentés, notamment les chantiers arrêtés ou abandonnés témoignant d’une volonté d’étalement urbain, quelque chose d’une terre promise, presque indemne.
Les tomasons – concept inventé par l’artiste japonais Genpei Akasegawa, repris en postface par Philippe Gervais-Lambony –, qui désignent les vestiges des constructions jonchant les paysages, sont nombreux dans les images de Valentin Valette, mais donnent l’impression, malgré tout, de n’être que passagers.

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On lira également en cette fin d’ouvrage un entretien précis, mesuré, très informé, avec le géographe Thibaut Klinger qui analyse la réalité omanaise actuelle.
On reparcourt le livre, les photographies défilent, procurant beaucoup de paix, et une joie paradoxale.

Valentin Valette, Ashes of the Arabian’s pearl, texte Philippe Gervais-Lambony, entretien de l’auteur avec Thibaut Klinger, retouches et photogravure Fanny Estournet, traduction anglais Louise Jablobowska, traduction arabe Bushra Alzoubi, correction et relecture Aline Carpentier, cartographie Adrien Brugerolle, conception éditoriale Florian Brennemann et Mathilde de Galbert, conversation Thibaut Klinger, Basalte éditions, 2026 – 700 exemplaires

https://www.instagram.com/valentin.valette/?hl=fr

Pensées vers Pauline et Pierre Dupin, qui ont accompagné ce projet

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Le grand texte de Serge Airoldi sur le sultanat d’Oman est attendu