Des fusées pour Francis Bacon et Antoine d’Agata

« Je voudrais avoir une énorme pièce couverte de miroirs déformants, du sol au plafond. De temps en temps, il y aurait un miroir normal, intercalé entre les miroirs déformants : les gens seraient si beaux lorsqu’ils s’y refléteraient. » (Francis Bacon) J’avais seize ans, je ne connaissais rien ou presque rien à la peinture, mais j’avais découvert…

Le craquement de la machine du monde, par Yannick Haenel, écrivain

Quand Yannick Haenel avait quarante ans, le 23 septembre 2007, nul ne se doutait qu’à Paris, près de huit ans plus tard, des dessinateurs seraient assassinés, dans leur bureau de travail, par des islamistes radicalisés prétextant le blasphème pour dissimuler leur misère morale et leur besoin de meurtre. Quand Yannick Haenel avait quarante, dans le…

La béance, la voix, la mort, par Yannick Haenel, écrivain

Ecrit à la demande de Yann Robin, qui a composé à partir de ce texte une pièce de musique, créée le 12 mai 2018 au théâtre de la Criée de Marseille dans une mise en scène d’Arthur Nauzyciel (récitante soprane Elise Chauvin), Papillon noir est un monologue féminin composé par Yannick Haenel. Il y est…

Reprendre vie, par Barbara Stiegler, philosophe, chercheuse, gréviste

« A partir du 17 novembre, je bascule. » Chacun avec nos armes, nous allons devoir reprendre vie, vite, ou continuer à dénaître. La catastrophe écologique en cours et la violence du néolibéralisme au moment de son naufrage imposent de penser les conditions d’une vie nouvelle, bien plus large que les restrictions et les polices…

Lettre à Samuel Beckett, par Yannick Haenel, écrivain

J’ai reçu de Yannick Haenel copie d’une lettre écrite pendant le confinement pour Samuel Beckett, texte lu un soir pour la radio-télévision belge. Il est inédit en français. Je vous le transmets, sans commentaire, comme on se passe le feu en silence, alors que gagnent les ténèbres. « Montreuil, le 1er mai 2020 Cher Samuel Beckett,…

Une allumette, par Linda Tuloup, photographe

Le confinement était là, qui nous réduisait souvent, parfois nous agrandissait, en silence, en solitude, en degrés de sapience. On ne vivait plus, il fallait vivre, on pouvait craindre quelquefois de s’éteindre, ou de ne pas se réveiller. Certains inventaient des rites, des gestes de désensorcellement, des passes magiques. Chaque jour, dans ces moments où…

La peinture et le mal, par Adrian Ghenie, peintre, et Yannick Haenel, écrivain

  « Il arrivera, plus tard, que Ghenie fasse exploser sa palette, et qu’elle se mette à gicler de toutes les couleurs comme un soleil mutant. » La société est folle, malade, infernale. Les démons peuplent les rues, ou les salons feutrés, occupent des places importantes dans les cabinets ministériels, les conseils d’administration, les maisons…