Je jure de m’éblouir, par René Depestre, écrivain

« Tenir un journal ? Pourquoi ? Pour rester attentif. A quoi ? Au monde, à soi, à la vie qui suit son cours. Ce cahier de bord, j’aurais dû le commencer il y a une quinzaine d’années. J’aurais couvert ainsi des centaines de pages sur la vie dans plusieurs pays, ayant vécu en France, en Tchécoslovaquie, en Italie,…

Des fusées pour Francis Bacon et Antoine d’Agata

« Je voudrais avoir une énorme pièce couverte de miroirs déformants, du sol au plafond. De temps en temps, il y aurait un miroir normal, intercalé entre les miroirs déformants : les gens seraient si beaux lorsqu’ils s’y refléteraient. » (Francis Bacon) J’avais seize ans, je ne connaissais rien ou presque rien à la peinture, mais j’avais découvert…

In the light of the dark, the ship of the sun, par Patti Smith, écrivain

« Rien n’est jamais résolu. Résoudre est une illusion. Il y a des moments d’éclats spontané, quand l’esprit apparaît émancipé, mais ce n’est que simple épiphanie. » On ne peut presque plus rien faire, on ne peut plus prendre un train dès qu’on le souhaite, donner un rendez-vous amoureux au dernier moment, ouvrir les fenêtres. Les policiers…

My chief happiness manager est un salaud, par la revue Lignes, n°62

Le dernier numéro de la revue Lignes (62), consacré aux « mots du pouvoir et au pouvoir des mots », est excellent, qui offre à ses contributeurs la participation à un dictionnaire critique permettant, à la façon de Victor Klemperer, ou de Eric Hazan, de faire un état des lieux des maux langagiers pourrissant notre…

Yūzen, l’art de la peinture sur kimono selon Kunihiko Moriguchi

« Je voulais que ma sensibilité japonaise explose dans le monde entier comme une bombe. » Trésor national vivant depuis 2007, comme son père avant lui peintre de kimonos, Kunihiko Moriguchi est un homme que je fréquente depuis plusieurs jours grâce à Marc Petitjean, dont le livre L’ami japonais, publié par Anne Bourguignon chez Arléa, narre le destin….

Théâtre, mer de ténèbres, par Claude Régy, auteur-metteur en scène

« Je me suis aperçu que le silence n’était pas muet. Que le silence, comme le dit Meschonnic, n’est pas un arrêt du langage mais que c’est, en fait, une catégorie du langage. C’est-à-dire qu’il y a une qualité d’expression qui ne peut s’atteindre que dans le silence et par le silence. » Claude Régy a créé…

Un geste pour rien, par Eric Rondepierre, photographe plasticien et Huron

« Du Possible, sinon j’étouffe ! » (Proust/Eric Rondepierre) Voici enfin, parmi la marée des insignifiances et livres fabriqués sans nécessité, un ouvrage créant un trou dans le trou, parce qu’il fait penser, que sa phrase est subtile sans se rengorger de préciosité, et qu’il a fourbi ses armes dans la méditation ininterrompue des textes…

Ne me parlez surtout pas de musique, Glenn Gould par lui-même

w « Puis-je en placer une, maintenant ? » Excentrique sublime, Glenn Gould (1932-1982) était aussi très drôle, à la façon d’Antonin Artaud, ou de Woody Allen. « Je trouve que vous coupez quelque peu les croches en quatre, M. Gould. » Plus loin : « Oh, certains de mes amis sont critiques, mais je…

Eloge du corps vivant, par Bernard Andrieu, philosophe (1)

Philosophe et professeur de Staps à l’université Paris-Descartes/Université de Paris, Bernard Andrieu élabore une pensée parmi les plus stimulantes qui soient, proposant une réflexion d’ampleur sur le lien entre le corps vivant et la conscience que peut en avoir le corps vécu. Le chercheur appelle ainsi émersiologie l’éveil du corps vécu par l’intelligence du corps…

Demain n’existe pas, Maldicidade, par Miguel Rio Branco, photographe

Le papier est fin, pourtant bourré de tessons de verre. L’encre est entêtante, tel un vin qui cogne fort. Le format 24,5 x 33 s’impose sur la table de travail, dans le cabinet des merveilles, entre les délicatesses des uns et des autres. Lumières du noir & blanc, noirceurs de la lumière. Publié chez Taschen,…

Van Gogh et Artaud suicidés de la société, et très vivants

Certains matins, vous ne savez pas pourquoi, ou ne le savez que trop, la journée s’annonce avec une grande difficulté. Vos boussoles habituelles, l’amour, le désir, le travail, la soif de découvertes, le goût des moindres faits, la marche à l’étoile, semblent inopérantes. Mais, comme vous vous connaissez, vous avez pris soin, en cas de…