Méditations sur la mort prochaine, par Pascal Quignard, écrivain

le

Tiresia, 2005, Bertrand Bonello

« Le début de la vie atmosphérique enclenche une détresse mortelle originaire. Chaque naissance est une Hilfosigkeit. Et cette solitude mourante et sans secours traîne dans les jours de chacun d’entre-nous. »

On trouve au musée du Vatican une fresque merveilleuse : elle représente Tirésias suivi des Ombres, tenant à la main sa houlette d’or, accueillant aux Enfers Ulysse, Eurylochos et Périmédès sous un porche surveillé par Hadès négligemment allongé sur un rocher.

On voit également à gauche, flottant sur la mer Tyrrhénienne, le navire d’Ulysse, et, au centre de la représentation, Perséphone, pensive, battant les pieds dans l’eau du Léthé – l’eau de l’eau de l’oubli.

Cette fresque, parmi d’autres œuvres superbes – reproduites à la toute fin du livre -, est au cœur de Beatus, méditation de Pascal Quignard sur l’écriture, le désir d’art, et le passage vers l’autre monde.

« Tirésias est le seul mortel chez qui le souvenir de la vie ne se dissout pas une fois l’Achéron franchi. Pour les philosophes, il es le seul dans l’a-lètheia. Dans la dé-léthargie. Le seul à connaître la vérité. »

Ulysse, dans le domaine d’Hadès, étreint l’ombre de sa mère.  

Il est un temps où nous devons descendre, non pas aux Enfers, mais aux royaumes souterrains.

En un sens, la littérature, et la musique, nous y préparent constamment.  

Un homme s’avance sur la scène, des spectateurs se sont réunis en nombre, on entend quelques accords de piano.

Des ombres errent sur le plateau, ou dans la tête, lorsque l’on entend François Couperin, Johann Froberger, Federico Mompou.

En décor, une bibliothèque remplie de livres, que consulte le narrateur-acteur-récitant-orant.

C’est un volume d’Emily Brontë, Sophocle, Epicure, Bergson, Montaigne, Rousseau, Suétone.

C’est Phèdre, de Racine : « Est-ce un si grand malheur que de cesser de vivre ? / La mort aux malheureux ne cause point d’effroi : / Je ne crains que le nom que je laisse après moi. / Pour mes tristes enfants quel affreux héritage ! »

 Y a-t-il vraiment une expérience de la mort ? Au fond, que peut-on en savoir ?

Mais, chers amis, sommes-nous réellement vivants au moment où nous croyons être ?

Qui est-on depuis que nous avons quitté le ventre de notre mère, depuis que nous sommes désemparés ?

Comment retrouver l’envoûtement premier ?

Le coït amenant la naissance n’est-il pas l’instrument de la mort ?

S’abstenir de renverser le vase d’Hermès n’est-ce pas la voie suprême ?

« Il se trouve trois étranges Portes. / Le Sexe de la femme dans l’origine. / Le Rêve au cours de la nuit. / La Langue dans le réel. // Quatrième Porte : la mort dans la vie ? / Mais est-ce une Porte »

La porte est à l’intérieur, est-il écrit sur le porche de l’église de Tréhorenteuc, dans la forêt de Paimpont.

Et le Val sans retour.

Pascal Quignard, Beatus, Editions Hardies, 2026, 98 pages

https://editionshardies.fr/pascal-quignard-beatus/

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