Memento mori (une mélancolie interminable), par René Tanguy, photographe

© René Tanguy Que faisons-nous de nos morts ? Que faisons-nous des vivants ? Que faisons-nous de notre traversée du temps ? Que faisons-nous de notre incarnation ? Arrive un moment où le photographe ayant déjà beaucoup travaillé se penche sur ses archives, et découvre une nécropole. Il était l’ami, le passant, le journaliste, l’artiste, le voici désormais responsable…

Au nom du père, par Yan Pei-Ming, peintre

L’homme le plus perspicace, père de l’artiste,1996, huile sur toile, 200 x 235 cm – Collectionparticulière, Belgique / Photographie : André Morin © Yan Pei-Ming, ADAGP, Paris, 2021 « Quarante ans de travail, ce n’est pas rien, mais je me considère comme un artiste en milieu de carrière. » Yan Pei-Ming, né en 1960, est de ces…

L’amandier de la poésie, et la torture, par Philippe Jaccottet, poète

Monastère La Clarté Notre-Dame « Note du 19 septembre 2012 : « Ne pas oublier, ce printemps, la petite cloche des vêpres à la Clarté Notre-Dame, d’une incroyable limpidité dans le grand paysage gris et silencieux – vraiment comme une espèce de parole, d’appel ou de rappel, un tintement pur, léger, fragile et pourtant net – dans la…

Une aura d’absence, Mallarmé, par Cynthia Fleury, philosophe, psychanalyste

Et la disparition élocutoire du poète, vous en pensez quoi ? Reprise en Folio d’un essai étonnant de la philosophe Cynthia Fleury paru en 2001 aux Editions de l’écart, Mallarmé et la parole de l’imâm est une formidable réflexion sur le silence en poésie et le verbe créateur. L’auteure y risque sa pensée, lance des hypothèses,…

Esprit, es-tu là ? De la mort dans les photographies de Nan Goldin et Julia Margaret Cameron, par Marwan T. Assaf, chercheur

© Nan Goldin La photographie est-elle l’art funéraire de la modernité ? Que reste-t-il de la présence du disparu dans le rectangle de papier le représentant ? Que devient son aura ? © Victoria & Albert Museum (London) Marwan T. Assaf, collectionneur, chercheur en art et commissaire d’exposition, pose la question en étudiant conjointement, pour un très beau…

Le point d’amour, par Nathalie Léger, écrivain

« Longtemps avant, dans l’évidence de la rencontre, nous nous étions dit : c’est toi, tel, ce que tu es, toi, toi dont chaque détail s’appelle de ton nom. Ce monde en détails. Toi. N’en revenant pas. Tel. Prononcé dans la plénitude. » Suivant l’azur, de Nathalie Léger, est un titre mallarméen. Le poète perdit son fils, Anatole,…

Un tombeau de cire, par Erwann Rougé, poète

« à la porte ici / un vol de corneille / un vent brûlant » Je suis souvent agacé par la poésie : trop de mots, trop de sentimentalité, trop d’absolu facile. Mon soupçon se lève vite, j’ai comme une impression de faux-monnayeur. Oui, mais pas avec Proëlla, de Erwann Rougé, que j’ouvre un matin de dimanche alors…

La béance, la voix, la mort, par Yannick Haenel, écrivain

Ecrit à la demande de Yann Robin, qui a composé à partir de ce texte une pièce de musique, créée le 12 mai 2018 au théâtre de la Criée de Marseille dans une mise en scène d’Arthur Nauzyciel (récitante soprane Elise Chauvin), Papillon noir est un monologue féminin composé par Yannick Haenel. Il y est…

Menschen, par Gérard Haller, poète

« c’était là. Regarde tout est là » Menschen (les gens, les hommes) est un très beau mot, devenu synonyme de douleur depuis que les Nazis ont décidé d’en priver une partie de l’humanité, leur préférant celui de Stücke (morceaux, pièces) pour désigner les Juifs qu’ils cherchèrent à exterminer. Je lis ainsi Menschen, de Gérard Haller, livre…

Les frissons calmes de Bruges-la-Morte, par Georges Rodenbach, écrivain

Fernand Khnopff Bruges-la-Morte, de l’écrivain symboliste belge Georges Rodenbach (1855-1898) fut l’un des livres importants de mon éveil à la littérature. Parce que la langue est superbe et qu’y passe une femme, telle la Gradiva, marchant sur la lisière entre la vie et la mort. Parce que la ville est ésotérique – pensons au Zénon…

Euthanasie, vers la douceur, par Catherine Rombouts, photographe

© Catherine Rombouts « Elle souffrait de la maladie de Charcot, dans sa forme bulbaire. » Pas de dolorisme, de pathétisme facile, mais de la lumière, des clairs-obscurs pudiques, des crépuscules apaisés, de la vie, de l’espoir. Le grand jour, de la photographe Catherine Rombouts, est un livre éminemment touchant, troublant, important, traitant dans la plus grande…

Théâtre, mer de ténèbres, par Claude Régy, auteur-metteur en scène

« Je me suis aperçu que le silence n’était pas muet. Que le silence, comme le dit Meschonnic, n’est pas un arrêt du langage mais que c’est, en fait, une catégorie du langage. C’est-à-dire qu’il y a une qualité d’expression qui ne peut s’atteindre que dans le silence et par le silence. » Claude Régy a créé…