De modernes Gradiva, par Maurice Renoma, photographe

©Maurice Renoma Maurice Renoma est un artiste ayant révolutionné la mode du prêt-à-porter masculin dans les années 1960 et 1970, notamment en modernisant le costume pour homme. Mais il est aussi un merveilleux photographe, ce que révèle le volume Regards augmentés, publié aux Editions Bessard. Il y a chez lui une recherche formelle alliée à…

Le récit, la mort, la joie, par Pascal Quignard, écrivain

Villa des Mystères, Pompéi « Soudain il était à genoux. Il posa son visage dans les genoux de la vieille dame, dans le tissu de sa robe. Elle sentait bon. Elle sentait la levure. Elle sentait la poudre de riz. Elle sentait aussi la pâte levée et le chèvrefeuille. » Il n’y a pas de place pour…

La passion Ribera, par Jean-Paul Marcheschi, peintre, essayiste

L’heureux géomètre, circa 1610 Jusepe de Ribera « Chez Ribera, peu de chair, beaucoup de sang, le corps avide, sec, sans graisse, vient en avant. La main, puissante comme l’écorce d’un chêne, présente quelques saletés sous les ongles. » (Jean-Paul Marcheschi) Je n’ai pas vu encore l’exposition Jusepe de Ribera ayant lieu actuellement au Petit Palais (Paris),…

L’amour, dés jetés, par Dominique Janvier, écrivain

La clairière, Souvenir de Ville d’Avray de Jean-Baptiste Camille Corot « Un jour, au Jardin des plantes près des grandes serres, alors qu’ils marchaient dans les allées étroites du jardin alpin tout proche – une enclave qui pour eux jouait comme un secret – elle s’était arrêtée presque soucieuse, un instant tracassée, pour lui dire qu’elle…

Le degré suprême de l’amour, par Giorgio Agamben, philosophe

©Linda Tuloup « A Gorëme [en Cappadoce], dans l’église de la Fibbia, j’ai vu le visage du saint. Qui le fixe ne peut pas ne pas croire en lui. De la même manière, il est une parole telle que celui qui l’écoute ne peut pas ne pas la croire vraie. » Ce que j’ai vu, entendu, appris……

Un livre d’heures, par Pascal Quignard, écrivain

‘Jardin d’Eden‘, Les Très Riches Heures du duc de Berry, circa 1414-1416, Frères de Limbourg « L’homme, quant à lui, ne voit qu’elle. Il ne regarde pas le fruit, il se noie dans son regard. » Comme Boutès, fils de Téléon et Zeuxippe, compagnon des Argonautes, il faut savoir plonger. Savoir quitter, partir, se laisser envoûter par…

Parmi les vivants, seul, à deux, par Hervé Baudat, photographe

©Hervé Baudat « Je désire la ville de béton aux nuits blanches et noires. L’amour, la table des amis, les rendez-vous sans fin. » (H.B.) Les pages sont noires, la lumière s’arrache à la mort, une grand-mère tant aimée vient de franchir le seuil de sa maison corse pour des horizons éternels. Après Tout doit disparaître et…

Est-ce que l’on sait où l’on va ? par Emmanuel Venet, écrivain

« Est-ce que l’on sait où l’on va ? » (Jacques le fataliste, Diderot) Après une série de livres publiés chez Verdier depuis 2005 (Précis de médecine imaginaire, Ferdière, psychiatre d’Antonin Artaud, Manifeste pour une psychiatrie artisanale, Virgile s’en fout), Emmanuel Venet revient chez Gallimard. Son œuvre avait débuté avec Portrait du fleuve, publié en 1991 dans la…

Traduire, se traduire, par Corinne Atlan, écrivain

« La traduction littéraire est une activité de création, davantage liée à la question de la représentation artistique du réel qu’à un savoir académique. Traduire ne fait pas seulement appel à l’intellect, mais à une intelligence des choses poétique, sensible. Comme tout processus d’écriture, cela engage l’ensemble de l’être : émotions, perceptions, imagination, souvenirs de lecture ou…

Le noir tango des âmes perdues, par Anton Delsol, photographe

©Anton Delsol  L’attrape-rêve, du photographe Anton Delsol, son livre à ce jour le plus abouti – maquette, atmosphères chromatiques, construction des diptyques – est composé de nocturnes. Protégées par le noir, des femmes apparaissent, des regards, des visages, des lèvres. Nous sommes dans les royaumes souterrains avec toutes les Eurydice perdues par leurs amants pressées….

Ma guérilla, ma vie de rêve, par Barbara Polla, écrivain

Pornocratès (1878), 48×75 cm,aquarelle, pastel et rehauts de gouache, Félicien Rops « Et moi j’aime à toi et je pense à la poussière de moi cette poussière que je serai bientôt et qui restera suspendue dans la rue et quand je marche dans Paris j’essaie d’essaimer quelques-uns de mes grains de poussière pour demain, dans un…

La présence, l’absence, par Claude Batho, photographe

 ©Claude Batho Morte jeune à 46 ans, en 1981, Claude Batho a laissé une œuvre intemporelle. En 2014 paraissait, aux éditions GwinZegal, en collaboration avec le Musée Nicéphore Niépce, une monographie superbe de son œuvre aux nuances de gris touchant l’âme. On peut penser au mage Boubat, mais la singularité de Claude Batho est d’avoir…