Katherine Mansfield, poète

« Je ne voulais pas me l’avouer, mais j’étais jalouse de son écriture, la seule écriture dont j’ai jamais été jalouse. Katherine Mansfield avait la vibration. « (Virginia Woolf) Un scandale est réparé. Nous connaissions le talent de novelliste et de diariste de Katherine Mansfield (1888-1923), mais ses poèmes avaient jusqu’à présent été peu traduits en français….

De la dive et perfide bouteille, par Christophe Esnault, poète

©Aurélia Bécuwe « Jamais une âme n’habite en lieu sec. » (Gargantua, Rabelais, adapté par Marie-Madeleine Fragonard, Gallimard, 2017) Parce que ce que nous offre le monde est souvent pitoyable, et qu’il faut bien rugir un peu, ou se plaindre, Christophe Esnault est prolixe. Toutes les années n’ont pas chez lui la même valeur, il y a…

Poésie ne s’achève pas, par Alda Merini, écrivaine

Alda Merini « Si quelqu’un essaie de saisir ton regard, / Poète, défends-toi avec férocité / ton regard, ce sont cent regards qui hélas /                   t’ont regardé en tremblant » (Alda Merini) La société n’aime pas les poètes. Au fond, elle ne peut pas les supporter, puisque leur lucidité troue le vaste mensonge qui nous tient…

Le néant éclabousse, par Jean-Claude Caër, poète

©Hélène Garache « J’ai rêvé d’aller marcher dans le Suffolk et le Norfolk. / Seuls comptent le vrai, l’intensité, le désir. / Qu’importe ma bibliothèque ! / Seuls comptent le vrai, l’intensité, le désir / Pour affronter l’infini / Pour affronter l’éternel » Il faut veiller à préserver, favoriser, sauver notre royauté intérieure, au contact des éléments naturels,…

Perdre la tête, par Jérémy Liron, poète

Depuis l’exposition Visions capitales pensée par Julia Kristeva au Louvre en 1998, je vérifie régulièrement la fixité de mon chef.  Dans têtes qu’on tombe ample poème écrit dans une traînée de sang – mais nul effroi -, le peintre Jérémy Liron s’attache à dire la vie des saints étêtés et autres martyrs. « Les Saints céphalophores,…

Trois voyages au Chili, par Jörg Brüggemann, photographe

©Jörg Brüggemann Il y a les livres de prose, et ceux de poésie. Les livres qui littéralisent, et ceux qui métaphorisent ; ceux qui travaillent avec la réalité (la surface) et ceux qui travaillent avec le réel (le mystère). Tres Viajes, du photographe allemand Jörg Brüggemann, est indéniablement de cette deuxième catégorie. ©Jörg Brüggemann Fruit d’une…

Se lier dans la brise, un squat, par Lauren Soon, photographe

©Lauren Soon « Habiter les ruines avec des corps et des esprits abîmés ça se fait pas sans un peu de violence, y en a eu du bordel et des mauvais coups, mais si tu veux pas rester dans l’entre-soi faut bien y faire face. » Composées d’images pleines pages montées cut, Entre les mondes, de Lauren…

De l’art poétique, par Federico Garcia Lorca, écrivain

Juan Gris « L’architecte Le Corbusier a dit un jour lors d’une réunion en petit comité à la Résidence des étudiants de Madrid que, ce qu’il avait préféré en Espagne, c’était l’expression « donner l’estocade », parce qu’elle exprimait l’intention profonde d’aller au cœur des choses, et le désir de s’en saisir rapidement, sans s’arrêter à ce qui…

Last but not least, par Dominique Fourcade, late poète

La barque et les baigneurs, vers 1890, Paul Cézanne « spoir / respecter l’esp / prendre le désesp dans ses bras / l’enfant doit prendre l’adulte désespéré dans ses bras le soir » Composé de textes de provenances diverses, late Fourcades est pourtant un livre d’une grande cohérence, probablement parce que la question du poème et du…

Eclats de l’être, par Jean-Paul Michel, écrivain, éditeur

Vénus d’Urbino, 1538, Titien « Je tremble de marcher sur vos tombes, vieux morts. Comment ne pas frémir à tant d’inattentions, quand l’entier pavement de San Miniato est ce tapis de dalles funéraires, d’inscriptions votives ? / Ce parterre de signes matérialise une vérité : vivre est succéder, hériter, recevoir, accepter, reconduire, rendre, transmettre à notre tour le…

Haut-Jorat, célébration de la Présence, par Gustave Roud, écrivain

©Gustave Roud « Denezy : un moissonneur nu dort sur le banc du jardin, la tête contre le dur gonflement d’un bras de bronze, sa main frôle une touffe de phlox couleur de ciel. Personne, sinon un passant vague, pour faire sa joie de la douceur déchirante de cet accord bleu et doré, de cette communion silencieuse…

Promenades dans la grande ville, par Robert Walser, écrivain

« Que ceci, ici, ne devienne pas une rédaction bas de soie, voilà qui me fait plaisir. » Maître de la prose courte, connu pour ses manuscrits à l’écriture très serrée et miniaturisée appelés microgrammes, Robert Walser (1878-1956), auteur suisse de langue allemande, est un écrivain à la fois modeste, touchant et puissant. Il écrivit comme feuilletonniste…